‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 53 sur 232 · ARISTE, DAMON · texte numérisé non relu

ARISTE, DAMON

ARISTE

Me voilà justement. C'est la vive peinture D'un sage désarmé, dompté par la nature. C'est toi qui le premier, attaquant ma raison, Sus me faire à longs traits avaler le poison, Cruel ami ; c'est toi dont la langue éloquente Me tit de cet objet une image charmante : Tu vantas sa douceur et sa docilité ; Ma confiance en toi fit ma crédulité.

DAMON

Vous en repentez- vous?

ARISTE, surpris en t apercevant.

Ciel! que viens-je d'entendre?

Est-ce vous^

DAMON

C'est moi-même.

ARISTE

A quoi bon me surprendre^

DAMON

Je ne vous surprends point. Vous me parliez, et moi Je vous réponds.

ARISTE

Fort bien. Je vous jure ma foi Que je me cro\ois seul.

A mon tour, je vous jure

Que je suis fort surpris d'une telle aventure. Je vois qu'en votre esprit me voilà décrié. Quel crime ai-je donc fa t?

A R 1 s T E , se levant brusquement.

V'ous m'avez marié.

DAMON

Le mal est-il si grand?

ARISTE

H ne devroit pas l'être; Je m'en flattois du moins.

DA.MON

N'étes-vous pas le maître, Si quelque chose ici vous peut blesser lesprit, D'y mettre ordre au plus tôt?

ARlSTE.

Non ; car il est écrit Qu'un mari doit toujours avoir lieu de se plaindre. Jusques à ce moment j'avois su me contraindre : Mais, puisque le hasard a trahi mon secret, Avec vous désormais je serai moins discret.

DAMON

Je ne vous comprends point.

ARISTE

Pourquoi?

DAMON

Le mariage , Quoi qu'on eu puisse dire...

ARISTE

Est un rude esclavaiïe.

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