ACTE I, SCENE II
DAM ON
Pour les femmes.
ARISTE
Bientôt vous aurez votre tour; Et de ce que je dis vous convieudrez un jour. Vous verrez quun mari qui s'est fait un svstème De n'aimer que sa femme, et d'être aimé de même. Doit, pour se conserver cette félicité, N'avoir plus de raison, ni plus de volonté.
DAMON
Pourquoi? Quand une femme est douce et raisonnable. ..
ARISTE
Cent belles qualités rendent la mienne aimable; Mais elle ne veut point se contraindre pour moi.
Que lui reprochez-vous? Parlez de bonne foi.
ARISTE
Son indiscrétion, qui me tient en cervelle, Et me cause à toute heure une frayeur mortelle. Il semble que ce soit son plaisir favori De laisser entrevoir que je suis son mari. Chaque jour elle fait nouvelle connoissance, Et chaque jour aussi nouvelle confidence, A des femmes sur-tout. Jugez si mon secret Vest pas en bonnes mains.
DAMON
Je prévois à regret Que votre intention ne sera pas suivie : Mais, au fond , pensez-vous que toute votre vie
Vous serez marié sans qu'on en sache rien?
ARISTE
Plût au ciel!
DAM ON
Et pourquoi ?
ARISTE
c'est qu'un secret lien , Formé depuis deux ans à l'insu de mon père. M'expose tôt ou tard à sa juste colère.
DAM ON
Deux mots l'apaiseront. Son amitié pour vous...
ARISTE
Mais je crains sa douleur bien plus que son courroux.
Vous savez à quel point je l'aime et le resj.ecte :
Ma tendresse pour lui lui deviendra suspecte,
S'il est instruit enfin d'un hymen contracté
Sans son consentement , sans l'avoir consulté.
Ce n'est pas seulement cette délicatesse
Qui m'oblige au secret. Entre nous, ma foiblesse
Est de rougir d'un titre et vénérable et doux,
D'un titre autorisé, du beau titre d'époux,
Qui me fait tressaillir lorsque je l'articule,
Et que les mœurs du temps ont rendu ridicule.
Ce motif, je le sens, n'est pas des plus sensés;
Mais...
C'est avec raison que vous vous dispensez .\tout autre qu'à moi d'en faire confidence; Et ce seroit à vous une grande imprudence, Si vous n'appuyiez pas sur un autre motif