‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 55 sur 232 · ACTE I, SCiL'SE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCiL'SE II

Dicté par l'intérêt, et bien plu» positif, Celui de ménager un oncle fort avare.

Quoique puissamment riche; assez dur et bizarre Pour vous déshériter indubitablement.

S'il vous sait marié sans son consentement. Voilà pour votre femme une raison puissante.

ARISTE

La rage de parler est encor plus pressante. Mais ma femme , après tout, n'est pas la seule ici Oui m'expose à l'éclat et me met en souci : Sa sœur, plus imprudente, et si capricieuse Qu'un moment elle est gaie, un moment séiieuse , Riant, pleuvant , jasant, se taisant tour-à-tour, Lnfin changeant d'humeur mille fois en un jour; Sa sœur, votre future, et qui, par parenthèse, Vous donnera tout lieu d'enrager à votre aise, Me met au désespoir par de fréquents écarts. Et, de plus, nous amène ici de toutes parts Un tas d'originaux, d'ennuyeuses commères. Qui me font avaler cent pilules amères, Lorsque, pour mon malheur, je vais imprudemment Pour lui rendre visite à son appartement. Dès que j'entre on se tait. On se parle à l'oreille , On sourit. Par degrés le caquet se réveille : Toutes parlent ensemble ; et ce que je comprends Par leurs discours confus, leurs gestes différents. C'est que ma belle-sœur, fine et dissimulée, A mis dans mou secret la discrète assemblée , Et que je dois compter que , dans fort peu de jours , .J'aurai pour confidents la ville et les faubourgs.

i)o LE PHILOSOPHE MARIE.

Je suis au désespoir d'une telle imprudence : Et je vais de ce pas quereller d'importance Madame votre femme et votre belle-sœur.

ARISTE

Non : je crois qu'il vaut mieux leur parler en douceur. Mais avertissez bien ma prudente compagne Qu'elle rae forcera de fuir à la campagne. Et de m'y confiner pour n'eii sortir jamais, Si le secret n'est pas mieux gardé désormais.

DA.MO.N, fli'ec un souris malin.

Soit. Mais vous, employez votre art, votre science A vous mettre en état de prendre patience.

ARISTE, sur le même ton.

Et vous, pour m'imiter, et par précaution , J»'avance faites-en bonne provision ; Vous en aurez, ma foi , plus besoin que moi-même • Jeconnois Céliante, et je crains...

DAMO N.

Moi, je l'aime.

Ses défauts n'auroient rien qui me put effrayer, s'il ne s'agissoit plus que de nous marier. Forcé de lui cacher mon nom et ma naissance, Je vois, sur mon sujet, que sa fierté balance, Excite son caprice, et lui fait croire enfin Qu'elle s'abaisseroit en me donnant la main ; Mais elle m'aime, au fond. Et si jamais mon frère Vient à bout d'assoupir la malheureuse affaire Que jeja'ai sur les bras que par un point d'honneur. Je me ferai connoître à votre belle-sœur.

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