‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 94 sur 232 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

M É L I T E, LE xM A R Q U I S.

LE MARQUIS

Il est sûr de son fait, et lit dans votre cœur.

M ÉLITE

Je ne lui cache rien.

LE MARQUIS

Eh ! faites-raoi l'honneur De me traiter, au moins, de la même manière.

MÉLITE

Non pas ; il aura seul ma confiance entière. Un ami me suffit.

LE MARQUIS

A parler franchement, Un ami de la sorte a bien l'air d'un amant.

MÉLITE

Soit amant, soit ami, je l'estime, l'honore,

Et pourrois, sans rougir, aller plus loin encore.

LE MARQUIS

A ce discours, enfin, j'ai lieu de présumer

Qu'il est l'heureux mortel qui vous a sa charmer.

i48 LE PHILOSOPHE MARIE

MÉLITE

Vous l'entendrez ainsi, si vous voulez l'entendre , Et je ne prendrai pas le soin de m'en défendre.

LE MARQUIS

Eh bien donc , je m'en tiens à cette opinion ; Mais je dirai sans faste et sans présomption Que je crois le valoir de toutes les manières.

MÉLITE

Vous avez votre g^oût, et moi j'ai mes lumières : Et de plus, quand un cœur consent à se donner, Il n'examine pas, il se laisse entraîner.

LE MARQUIS

Enfin, vous soupirez pour la philosophie ?

MÉLITE

Oui.

LE MARQUIS

D'un si hbre aveu mon esprit se défie.

MÉLITE

Pour armer le dépit qui vous arrache à moi,

Je vous répète ici que mon cœur et ma foi

Ne sont plus à donner; qu'un prince, qu'un roi même

^faimeroit vainement; que j'estime, que j'aime

Celui que je ferai ma gloire, mon plaisir.

D'aimer et d'estimer jusqu'au dernier soupir.

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