‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 12 sur 338 · ACTE I, SCÈNE V. ji · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V. ji

ANGÉLIQUE

A ravir, et vous m'avez extrêmement divertie, r«n et l'autre ; il n'y a qu'une chose qui m'a choquée; c'est que tu traites ton maître trop rudement.

J.OLIVE

C'est pour mieux cacher notre jeu. D'ailleurs je vous avoue que je ne suis pas fâché de prendre un peu ma revanche. Quel plaisir pour un valet de chambre d'appeler impunément son ntjaître maroufle , ivrogne , coquin, paresseux ! Je rends aujourd'hui à monsieur les belles épithètes dont il m'honore tous les jours.

lÉan DRE, riant.

Mon temps reviendra : laisse -moi faire. Mais supprimons les discours inutiles. Laissez -moi jouir, belle Angélique , de la liberté qui me reste encore , de baiser cette main qu'on veut me ravir.

ANGÉLIQUE

N'oubliez pas au moins de porter tous les matins un bouquet à ma mère.

Vous n'y perdrez pas vos pas, Nicolas.

A^iGÉLIQUE.

Tout de bon, Léandre, n'étes-vous pas flatte de cette commission?

LÉANDRE

En vérité, je vous admire. Comment pouvezvous être assez tranquille pour me plaisanter dans l'e'tat où nous nous trouvons? Songez-vous que mon rival est sur le point d'arriver?

ANGÉLIQUE

Et de m'épouser, qui pis est. Le danger est encore plus pressant que vous ne croyez. Ma mère veut qu'on signe aujourd'hui le contrat, et que la noce se fasse immédiatement après.

LÉ ANDRE

Et c'est en riant que vous m'annoncez cette nouvelle ! Ce sera donc en vain que je vous aurai suivie secrètement depuis Paris jusqu'ici ; que nous nous y serons introduits Lolive et moi, lui en qualité de jardinier, moi comme son valet? Une intrigue aussi bien imaginée, si heureusement conduite, n'aura d'autre succès que de me rendre spectateur du triomphe de mon rival? C'est donc là la récompense de ma fidélité? Ce sont donc là les fruits de la foi que nous nous sommes donnée?

Ah ! vous voilà monté sur le ton tragique ! il vous sied fort hien, Léandre, et vous déclamez à merveille; mais je n'aime point ce ton-la. llentrons dans le naturel. Le péril est pressant, je

Page 1