‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 162 sur 338 · ACTE 1, SCE^'£ IV. licj · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCE^'£ IV. licj

tt que nous pourrions bien nous parler l'un à l'autre. Sans sortir de chez nous, et sans parler bien haut. Je devrois en avoir profité bien plus tôt; Mais comme l'on m'a dit qu'au milieu de la ville Vous aimiez à vous voir solitaire et tranquille, Je n'ai jamais osé troubler votre repos.

s ANS PA I K, en souriant.

Ah! monsieur, sur mon compte on tient bien des propos On me traite par-tout d'étrange personnage; Mais, quoique singulier, je ne suis point saunage. Les hommes la plupart me semblent odieux; Leur commerce, à mon sens, est très pernicieux. Parce qu'ils ont perdu cette aimable innocence Qui bannissoit loin d'eux le crime et la licence; Parce que l'intérêt a corrompu leurs cœurs; Que le vice a changé leurs modes et leurs mœurs; Et qu'un luxe effréné, source de mille crimes, Leur a fait de l'honneur oublier les maximes. Oui , tout en eux m'excite à l'indignation ; Mais leur égarement me fait compassion.

Quoiqu'à mes sentiments en tout ils soient contraires, Je ne puis les haïr, ils sont toujours mes frères. Tout homme qui sauroit être différent d'eux Deviendroit mon ami , loin de m'étre odieux. L'honneur, la probité, la candeur, la sagesse, Feroient naître en mon cœur la plus vive tendresse : Dans le plus vil objet je les adorerois, Et pour le rendre heureux je me sacrifierois.

LE MARQUIS

le vois qu'on vous déplaît lorsque l'on dissimule.

ï4o L'HOMME SINGULIER.

Et je m'ouvre avec vous. On vous croit ridicule. Bizarre, extravagant; moi-même je l'ai cru, Et même à vos dépens j'ai souvent discouru. Mais qu'on vous connoît mal I et que votre langage Est diftérentl...

s ANSPAIR.

Je sais qu'en tous lieux on m'outrage, Et m'embarrasse peu des discours du public. L'homme pour son semblable est un vrai basilic; Anima! venimeux, son regard empoisonne:

Toujours taupe à l'égaid de sa propre personne, Méfrrisam tout le monde, et n'admirant que lui. Il a des yeux perçants sur les défauts d'autrui. Sans vouloir le guérir de son erreur extrême. Je borne tous mes soins à me guérir moi-même; Et, pour joindre aux efforts un salutaire effet, Je tâche à devenir son contraste parfait : Pour ê;re original, j'évite sa manière, Et crois que la meilleure est la plus singulière.

LE MARQUIS

Votre projet est beau ; mais, par trop de succès, Il pourroit à la fin \ous jeté, dans l'excès. Quoiqu'un excès paieil marque un esprit robuste, La maxime qui dit, rien de trop, est bien juste. Et prouve que le sage, en toute occasion. Doit l'être avec mesure et modération.

SANSP AI R.

Plus je suis excessif, et plus haut je proteste Contre ce que je crois ridicule ou funeste. Je ne redoute rien que la comparaison :

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