ACTE 1, SCENE IV. -î^i
Moins j'aurai de pareils, et plus j'aurai raison. Vouloir me réformer, c'est proJijfuer sa peine.
LE MA UQ V is.
Aussi n'est-ce pas là le sujet qui m'amène.
SAN s PAIR.
Qu'est-ce donc? Auriez-vous quelque motif secret?...
LE MARQUIS
Non , monsieur. Il s'agit seulement d'un portrait Qui m'intéresse fort, ainsi que ma famille.
SAX s PAI R.
D'un portrait? Et de qui ?
LE MARQUIS
C'est celui de ma fille.
SA.VSPAIR.
De votre fille? O ciel! ai-je bien entendu?
LE MARQUIS
Oui , monsieur.
SAN s PAIR.
Soyez sûr qu'il vous sera rendu.
LE MARQUIS
J'y compte, et vous pouvez à l'instant me le rendre.
SANSPAIR.
Celle qui l'a perdu doit venir le reprendre.
Je vous crois honnête homme, et je n'en doute point;
Mais vous me permettrez d'insister sur ce point :
C est la condition que mon affiche impose;
Elle est essentielle, et j'en sais bien la cause.
LE MARQUIS
Essentielle ou non, il faut s'y conformer.
Mais le marquis d'Arbois, puisqu'il faut me nommer,
Sembloit digue, à mou sens, de plus de contiaoce.
SAKSPAIR.
Je vous crois; mais eu tout j'aime l'expérieuce. Nous nous connoîtrous mieux; c'est mou iuteution. Daignez donc vous prêter à ma précaution ; Elle est juste : au public je l'ai siguitiée.
LE MARQCIS.
Il est vrai.
SA.NSPAIR, après avoir un peu rêvé.
Votre fille est-elle mariée ?
LE MARQUIS
Elle a vécu deux ans avec un vieux mari , Qui, malgré son grand âge, en étoit fort chéri ; Depuis tjuatorze mois ma fille le rej^iette, Toute jeune qu'elle est, quoique belle et bien faite.
SANSPAIR.
Le trait est tout nouveau. Mais, marquis, entre nous, Pourquoi l'avitz-vous mise a\ ec un vieux époux?
LE MARQUIS
Parce qu'en nos pays le plus riche héritage Aux filles de son rang ne laisse aucun partage; Il faut donc les cloitrer, ou les marier mal.
SA.NSPAIR.
J'ai toujours détesté tout partage inégal. Je suis eu même cas. J'ai d'immenses richesses. Dont je veux à ma sœur faire quelques largesses Pour la doter, malgré notre droit inhumain, Pourvu qu'elle reçoive un époux de ma main c'est uu de mes cousins à qui je la destine; Mais à le refuser cette folle s'obstine :