TU LIE
Si tu sors de chez lui, tu perdras ta fortune. Mon frère e.st libéral, et, quoiqu'il m importune, Je lâche à lui complaire autant que je le puis. Aide-moi, je te prie, à charmer mes ennuis. Je me contrains bien, moi.
LISETTE
Mais pas trop , ce me semble
Et votre frère et vous, vous êtes mal ensemble,
JULIE
Il est vrai. Pour pouvoir avec lui s'accorder, Jusqu'à nos trisaïeux il faut rétrograder.
LISETTE
Pour lui que n'avez-vous un peu de complaisance?
JULIE
Dieu m'en garde! A mon âge il est permis, je peD«e.
Et de suivre la mode, et même de l'outrer.
Je fais mon plus grand soin du soin de me parer;
Rien ne me flatte plus qu'une mode nouvelle,
Car sans être à la mode on ne peut être belle r
La [ilus extravagante a des grâces pour moi ;
Et la mode, en un mot , est ma suprême loi.
LISETTE
Du comte de Sanspair vous êtes le contraste ;
La mode lui fait peur; il abhorre le faste.
Non , je ne comprends pas qu'un frère et qu'une sœur
Puissent à cet excès différer par Ihiiraeur;
Et l'on peut fort bien dire, en cette conjoncture ,
Que la variété fait briller la nature.
JULIE
Mon frère me croit folle; et moi , de mon côté, Je regarde en pitié sa singularité.
LISETTE
La moitié des humains rit aux dépens de l'autre. Monsieur a sa manie, et vous avez la vôtre; Mais la sienne, du moins, a de si beaux motifs. Que, malgré qu'on en ait, ils sont persuasifs. Le ridicule suit ses façons singulières;