ACTE [1, SCÈNE I. a
Mais on aime le fonds en riaut des manières. Et d'ailleurs les grands biens qu'il destine pour vous...
Mais il veut de sa main me donner un époux; Et quel époux, Lisette! Un grossier personnage, Un b> utal campagnard , dont l'air et le langage, L'esprit, les sentiments, semblent se disputer L'honneur de me déplaire , et de me dégoiiter.
LISETTE
Le succès est complet.
JULIE
Il est vrai , je Tabhorre.
Ahî qu'il est différent de celui que j'adore! Car, il faut l'avouer, j'en suis folle; et mon cœur...
LISETTE
Oui, le comte d'Arbois est un joli seigneur; Mais c'est un petit-maître , et jamais votre frère Ne s'accommodera d'un pareil caractère.
Tout homme du bel air est son aversion.
JULIE
Et pour moi le bel air est la perfection.
V^ois si je puis aimer l'homme qu'on me destine.
LISETTE
Voilà belle matière à votre humeuc mutine; Elle risquera tout pour le comte d'Arbois.
JULIE
Oui.
LISETTE
Mais si votre frère ; entêté de son choi:^^ Vous force à l'accepter?
JULIE
Oli! je conuois mon frère; Il est bon. En tout cas, je fuirai chez ma mère ; J'irai la retrouver.
LISETTE
Elle vous blâmera , Je vous le garantis , et vous ramènera.
JULIE
Eh bien donc ! un couvent me servira d'asile.
LISETTE
Quel asile pour vous!
JULIE
Oui, j'y vivrai tranquille; Mou cœur y sera libre.
LISETTE
O triste liberté!
Que bientôt votre cœur en sera rebuté!
Allez, je vous counois; et vous n'êtes point faite Pour trouver des douceurs au fond d'une retraite; Vous y mourriez d'ennuis. Un cruel repentir Vous feroit désirer ardemijient d'en sortir; Et vous éprouveriez bientôt, je vous assure, Qu'un sot mari vaut mieux qu'une étroite clôture. Vous rêvez.
JULIE
Il est vrai. Tes discours me font peur.
LISETTE
Vous voyez que je lis au fond de votre cœur.
Mais enfin dis-moi donc quel parti je dois preudre.