SA.\SPA1 R
Le fait est très certain. Mais qu'est-il arrivé? Ce que les plus puissants ont souvent éprouvé. Comme du genre humain la fortune se joue, Elle a mis vos aïeux au plus haut de sa roue, Puis s'est fait un plaisir de les mettre au-dessous; Les miens, après avoir essuyé son courroux, De degrés en degrés sont montés à leur place; Pur effet du hasard ou<i"une heureuse audace; Vrai jeu de la bascule. Un côté penche en bas En faisant monter l'autre : et je ne comprends pas Qu'un grand, qui voit régner cette vicissitude. Puisse de la hauteur contracter l'habitude. Tout homme que le sort fit naître d'un haut rang Doit se dire en secret : « Je suis d'un noble sang;
"Un autre est d'un sang vil, à ce que j'imagine; « Nous remontous pourtant à la même origine. » Voilà comme je pense, et la raisou pourquoi Je veux que sans contrainte on agisse avec moi. Toujours les premiers temps , présents à ma mémoire, Etouffent de mon cœur et l'enflure , et la gloire : Je me fais un plaisir de le mortifier, Et c'est ce qui, sur-tout, me rend très singulier. Les hommes sont si fous, qu'on ne peut être sage Qu'à force d'éviter ce qu'on voit en usage.
PASQUIN
Vous dites vrai, monsieur; tous les hommes sont fous. Il n'est plus ici-bas d'homme sage que vous. SANSPAIR, se levant brusquement.
Ah! fi ! vous me flattez. Quelle indigne bassesse!
PASQUIN
Je croyois que des grands vous aviez la foiblesse :
La louange est pour eux un si friand ragoût,
Que je la prodiguois pour flatter votre goiit;
Mais la vérité simple est le seul mets qu'il aime.
J'ai cru vous prendre au piège , et j'y suis pris moi-même.
SA.NSPAIR, lui prenant la main.
Oh! parbleu, mon enfant, vous resterez ici. Holà! monsieur Gorju, paroissez.