ACTE IV, SCENE II. 3i
PASQL'I.V.
C'est que j'ai quelquefoi s le don de deviner.
SANSPAIR.
Encor? Je rends justice à cette aimable veuve ; Mais contre ses appas je me seus à l'épreuve. Qui? moi prendre une femme en qui je vois régner Tous les goûts dépravés qu'elle doit dédaigner. Et qui mettroit en œuvre une adresse protonde Pour me faire rentrer tôt ou tard dans le monde ? J'aimerois mieux cent fois mourir sans héritier, Que de cesser de vivre en homme singulier.
PASQVIN.
Si vous étiez aimé par hasard ?
S A -N s P A I Ti.
Si l'on m'aime, On doit sans balancer adopter mou système. A l'objet de ses vœux il faut immoler tout, Le penchant, les désirs , l'habitude et le goût.
PASQUIX.
Pour le coup, je vous tiens. Suivant votre maxime, La veuve auroit sur vous un droit plus légitime. Si vous l'aimez, monsieur, elle peut exiger Ce que vous exigez.
SA^SPAIR.
Je veux la corriger.
Elle veut que d'un fat j'arbore l'apparence ; De nos prétentions voilà la différence.
Mais de son mauvais goût je préserve mon cœur, Et d'un goût tout pareil je veux guérir ma soeur : S€mblable à la comtesse, elle est esclave et folle
3i8 LHOMME SINGULIER.
Des modes, des grands airs ; le monde est son idole, Eu un mot. Dites-moi, vous connoît-elle? pasquin.
Non.
SAN s PAIR.
Je vais vous employer à guérir sa raison.
PASQUIN
.Te ne m'en mêle plus.
SANSPAIR.
Pourquoi, je vous supplie?
Eu venant vous trouver j'ai rencontré Julie;
Et d'abord , honoré de son attention ,
J'ai lâché mes grands airs avec profusion.
De nos jt-unes seigneurs affectant le langage,
Aussi bien qu'eux, du moins, j'ai fait leur personnage;
Pour quelle m'admirât, j'ai tout dit, tout tenté.
SANS PAIR
Qu'a produit tout cela ?
PASQTIIN.
Mes grands airs ont raté.
s ANS PAIR.
C'est qu elle a soupçonné...
PASQUIN
Non; mais, sur ma parole.
Elle a changé de goût.
SANSPAIR.
Quoi ! ma soeur n'est plus folle?
PASQUIN
^ J'admire, a-t-elle dit, messieurs les courtisans :