‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 231 sur 338 · ACTE V, SCÈNE VII. 3i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII. 3i

Votre discrétion vous trahit et vous perdç Une fois avec moi parlez à cœur ouvert. Pourquoi haïr Beausang? C'est un jeune homme aimable.

LA COMTESSE

Et c'est ce qui pour moi le rend plus redoutable.

De tous nos jeunes gens vous conuoissez les mœurs;

Elles m'expos€roient aux jilus cruels malheurs.

Ce que j'ai vu me cause une frayeur mortelle.

Fidèle à mon époux, je le voadrois fidèle :

Mais, loin que de mon cœilr son amour fût le prix,

Je verrois l'inconstant m'accabler de mépris ,

Et me laisser bientôt, par son indifférence,

L'affreuse liberté qui produit la licence ,

Et qui rend la vertu si gothique aujourd'hui,

Qu'elle porte par-tout le dégoût et l'ennui.

Tels sont mes sentiments, qui vous feront comprendre

Qu'aux désirs de Beausang mon cœur ne peut se rendre.

Il est trop délicat pour vouloir s'exposer

Aux tourments infinis qu'on pourroit lui causer :

Et j'aime bien mieux vivre et mourir renfermée,

Que de souffrir l'horreur d'aimer sans être aimée.

Votre discours me frappe, et j'aime la vertu. Contre vos sentiments j'ai long-temps combattu , Parceque j'ignorois quelle en étoit la source. Pour combattre les miens quelle heureuse ressource! L'estime enfin triomphe et vous rend mon amour; Mais j'exige de vous le plus parfait retour.

LA COMTESSE

Mériter vos bontés est ma plus forte envie.

35o L'HOMME SINGULIER.

Fallût-il immoler mon repos et ma vie ,

Me voilà piête à tout. Mon cœur n'est plus à moi i

Mais vous pou\ez enfin disposer de ma foi.

LE MARQUIS

Non; je n'exij^e plus un pareil sacrifice: Je demande un aveu sans fard, sans artifice. J'ai lu dans \otre cœur, ou je suis fort trompé; Des vertus de Sauspair il me paroît frappé.

LA COMTESSE

Elles m'ont inspiré la plus profonde estime : Vous avouerez, je crois, qu'elle est bien légitime

LE MARQUIS

Dites plus; vous l'aimez. Oui, par votre rougeur, Je conçois que l'estime a pénétré le cœur.

LA COMTESSE

Vous n'avez que trop vu jusqu'oià va ma foiblesse. Si c'est foiblcsse en moi que d'aimer la sagesse. Car elle est dans Sanspair au suprême. degré.

J'en demeure d'accord; mais c'est un sage outré.

LA COMTESSE

Un excès de folie est bien moins supportable; Et Sanspair est, au fond, un caractère aimable. Il est doux, complaisant; sa singularité, Effet de sa candeur et de sa probité, Ne met dans son esprit ni travers ni caprice. Ami de la vertu , fier ennemi du vice , Il ose ouvertement praticjuer la vertu; Ouvertement par lui le vice est combattu. Son cœur noble et hardi jamais ne dissimule,

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