‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 233 sur 338 · SANSPAIR, LE MARQUIS, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

SANSPAIR, LE MARQUIS, LA COMTESSE

SANSPAIR, à la comtesse.

Ciel! est-ce vous? En croirai-je raes yeux?

LA COMTESSE

J'allois chez votre sœur lui faire mes adieux.

SANSPAIR.

Vos adieux! Quoi! monsieur a-t-il Tame assez dure?...

LE MARQOIS.

Elle doit m'obéir.

Eh! je vous en conjure, Différez quelques jours. Je m'en allois chez vous Pour tâcher de calmer votre injuste courroux.

LE MARQUIS

Mon courroux étoit juste; et vous êtes trop sage Pour ne pas convenir qu'un père qu'on outrage...

SAXSP AIR.

Ah! si vous saviez tout!... Monsieur, voulez-vous bieu Lui permettre avec moi deux moments d'entretien !

LE MARQUIS

Je ne suis point de trop, ce me semble; et je compte..

SANSPAIR.

M'expliquer devant vous ! Sauvez-moi cette houte, Si vous avez pour moi quelque ménagement.

LE MARQU IS

Pour vous faire plaisir je m'éloigne un moment.

SANSPAIR.

Vous m'épargnez, monsieur, une peine mortelle; C'est bien assez pour moi de rougir devant elle.

SÇÈISE IX.

SANSPAIR, LA COMTESSE.

SANSPAIR.

Quoi ! vous partez, madame, et vous m'abandonnez ? Voulez-vous m'accabler ?

LA COMTESSE

^lonsieur, vous m'étonnez î J'ai cru que ma retraite, au lieu de vous déplaire, Étoit le seul parti qui put vous satisfaire.

SANSPAIR.

Me satisfaire! O ciel! Je pourrois sans regret Vous perdre pour jamais?

Me rendre mon portrait, Me livrer à Beausang, c'est me prouver, je pense, Que vous voyez ma perte avec indifférence. J'épargne à votre cœur la honte de m'aimer. Le soin de votre gloire a droit de vous charmer : Vous avez sur cela des grâces à me rendre; Et c'est à quoi , monsieur, j'a vois lieu de m'attendre.

SANSPAIR.

Moi , vous remercier d'un dessein si cruel,

Qui m'expose au tourment d'un remords éternel !

LA COMTESSE

Vous vous condamnez donc vous-même à ce supplice?

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