SCÈNE III
CLÉON, JULLE.
CLÉON
Par un ton si nouveau je suis déconcerté.
JULIE
Eh quoi! vous fâchez-vous de votre liberté?
Cette liberté-là me paroît bien suspecte.
JULIE
Vous voyez qu'à la fin votre oncle vous respecte.
CLÉON
Etes-vous de concert pour vous moquer de moi?
JULIE
Non , Cléon, je vous parle ici de bonne foi. Votre oncle vous blâmoit ; il recounoît sa faute : Vous aviez un tyran, et c'est moi qui vous l'ôte. J'ai corrigé son ton. Sans aigreur, sans courroux, Votre oncle va vous voir vous livrer à vos goûts. Je l'en ai tant prié qu'à la fin il m'a crue. Moi-même, qui sur vous voulois être absolue, Je suivrai son exemple; et mon cœur désormais Veut se montrer par-là sensible à vos bienfaits. Je vous ai rebuté par mon humeur austère; Quand vous vous en vengaz, c'est à moi de me taire De votre volonté je me fais une loi, Et vous ne recevrez nul reproche de moi.
ClÉox, embarrassé.
Cet excès de bonté...
JULIE, l'interrompant.
L'inconstance est permise Lorsqu'elle est bien fondée. Après tout, Cidalise Vous convient mieux que moi; je le dois avouer; Et d'un choix si prudent chacun va vous louer.
CLÉON
Vous êtes bien piquée, et de mon inconstance.,.
JULIE, l'interrompant.
Je la vois, je vous jure, avec indifférence.