‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 48 sur 338 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

LA PRÉSIDENTE

Ne la tourmentez point , madame.

LA BARONNE

Comment ! que je ne Ja tourmente point?

LA COMTESSE

Non , vraiment. Ne voyez-vous pas qu'elle est dans ses vapeurs.

M. DES MASURES

Mademoiselle a des vapeurs ! Voilà une nouvelle perfection dont je ne m'ëtois pas aperçu.

LA BARONNE

Finissons ce badinage,jevousprie, et venons au fait. Avez-vous entretenu ma fille, et la trouvez-vous une idiote?

LE PRÉSIDENT

Je prononce qu'elle a tout l'esprit qu'on peut avoir.

LA PRÉSIDENTE

C'est un prodige de science.

L A COMTESSE

Sa science et son esprit sont ornés de toutes les grâces qu'on admire dans les personnes les plus charmantes. Paris et la cour ne peuvent rien offrir de plus parfait.

M. DES MASURES

Oh ! vous me feriez devenir fou. Je sais bien ce

$o LA FAUSSE AGNÈS.

que j'ai vu, je sais bien ce que j'ai entendu; je

ne revois point, et je ne rêve point encore.

LA BARON :!iE.

Voilà une opiniâtreté' que je ne puis plus soutenir. Allez, monsieur, vous ne méritez pas l'estime que j'avois pour vous, et je commence à me repentir...

M. DES MASURES

Oui, oui, fâchez-vous, fachez-vous : je ne suis point dupe, je vous en avertis; vous avez beau vous entendre tous tant que vous êtes, on ne m'en donne point à garder.

LA BARONXE.

Oh ! c'est pousser ma patience à bout.

M. DES MASURES

Approchez, Angélique; il n'est plus question de garder le silence : voyons si vous êtes une béte.

ANGÉLIQUE

Hélas, je ne sais plus ce que je suis.

LA BARONNE

Comment donc? Parlez, parlez: faut- il tant presser une fille de parler ?

ANGÉLIQUE

Que vous dirai-je? Tout ce que je puis vous

dire, c'est que je suis au désespoir.

Au désespoir ! et pourquoi?

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