‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 49 sur 338 · ACTE III, SCENE III. 8i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III. 8i

ANGÉLIQUE

Je suis dans une tristesse , dans une mélancolie qui m'arrache des larmes. ( Efle pleure.)

LA BAROSNE.

Eh, mon Dieu! qu'a-t-elle donc?

LA PRÉSIDENTE

Elle rentre dans ses vapeurs.

LA BARONNE

Vous vous moquez de moi, avec vos vapeurs.

ANGÉLIQUE

Oui, quand je vais ce monsieur des Masures, je le trouve si plaisant, si original, si comique, que je ne puis m'empêchcr de rire, ah! ah ! ah ! ( Elle rit démesurément.)

LA BARONNE

Oh ciel ! est-ce que l'amour lui auroit tourné l'esprit?

ANGÉLIQUE, prenant M. des Masures par la main.

Ne vous désespérez pas, mon cher Léandre.

M. DES MASURES

Moi, Léandre !

ANGÉLIQUE

Ne vous désespérez pas, vous dis-je. Il lève les yeux au ciel ! la rage est peinte sur son visage ! Que va-t-il faire? il tire son épée! il veut se per-

Sî LA FAUSSE AGNÈS,

cer 1r cœur! Ah cruel! ah barbare! perce done lemien avant que de te priver du jour. Oui, je veux expirer sous tes coups. (// s éloigne d'elle.) Mais l'ingrat me fuit, il m'échappe pour exécuter son dessein tragique. Non, non, je ne t'en donnerai pas le loisir; je te suivrai partout; j'arrêterai ton bras , ou ton bras nous assassinera l'un et l'autre. Veux-tu que je vive après toi, pour me livrera des Masures? Non, donne-moi cette épe'e dont tu veux te servir pour me priver i^Elle arrache lépée de M. des Masures.) de ce que j'aime. J'en veux faire un meilleur usage, et je vais percer le cœur de ton rival ( Elle court nprès le président , qui fuit devant elle.)

LE PRÉSIDENT

Arrêtez, mademoiselle; vous me prenez pour un autre : je ne suis point le rival de Léandre; je suis un grave magistrat, un président de l'élection.

(^Angélique le laisse f etvase jeter dans un fauteuil toute hors d'haleine.)

LA PRÉSIDENTE

Ah! mon cher époux, êtes-vous mort?

■ LE PRÉSIDENT

Je crois que non, ma chère épouse, mais je n'en vaux guère mieux.

Page 1