‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 67 sur 338 · ACTE 1, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE V

vous l'auriez épousé en secondes noces, si vous eussiez voulu suivre mes conseils. Que lui manque-t-il pour vous plaire? Il n'est ni fat, ni indiscret, ni présomptueux, comme votre marquis. C'est un homme plein d'honneur et de sentiments, et qui vous aime de tout son cœur. Ah! le pauvre garçon! qu'il m'a fait pleurer de fois, en m'exprimant la tendresse qu'il avoit pour vous , et la douleur que vos mépris lui causoient ! Sur mon Dieu, il poussoit des soupirs qu'on auroit entendus de deux cents pas. Enfin je voudrois être aussi sure de gagner. . . trois cents pistoles, que je suis sure que vous feriez bien de vous marier avec lui.

LX BARO>'>"E

A te dire le vrai, je ne le haïssois point, et je l'ai considéré comme un ami, jusqu'au moment Oii je me suis aperçue qu'il vouloit être mon amant ; mais son amour, dont il a osé me parler, m'a révoltée contre lui.

M™« CATAU

Mais enfin le marquis vous en conte aussi?

LA BAR os SE.

Oui, mais il n'est pas à craindre. Son air d'indifférence, d'impolitesse, de confiance, et de fatuité, me réjouit. On dit que ce sont là les airs des jeunes gens de la cour. Il faut avouer qu'ils

io8 LE TAMBOUR NOCTURNE,

sont bien nouveaux pour moi. Ils me paroissent même impertinents ; et le plus aimable homme du monde qui me feroit l'amour sur ce ton -là ne feroit pas eu dix ans le moindre progrès sur mon cœur.

Mme c\TAr.

Mort de ma vie ! madame , ne vous y jouez pas. Ce ton-là est à la mode, et la mode la plus extravagante plaît aux femmes par sa nouveauté. Pour moi, si j'ëtois à votre place, je bannirois d'ici ce jeune godelureau, et j'y recevrois ceux qui m'aimeroient de bonne foi, et qui me le diroient d'une manière tendre et respectueuse.

LA BARONNE

Comme Lèandre, n'est-ce pas?

M^e CATAU.

Oui, madame, et non comme ce petit fat de marquis, qui vous e'tale toutes ses impertinences, et qui en fera gloire quand il sera votre mari. Quelle diffe'rence de Lèandre! c'est un homme, celui-là ! Mais votre marquis n'est qu'un freluquet, qu'un impoli, qu'un impie; oui, madame, un impie. Un homme qui ne croit pas aux esprits est un réprouvé.

LA BARONNE

Ta colère contre le marquis me divertit ; mais ta prévention pour Lèandre me déplaît : ainsi,

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