‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DestouchesChapitre 69 sur 338 · ACTE I, SCÈNE VI. ii i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI. ii i

LE MARQUIS

Chimère! imagination !

LA BARONNE

Mais une de mes femmes , qui couche dans ma chambre, l'a entendu comme moi.

LE MARQriS.

Vapeurs! vapeurs!... L'oisiveté, l'ennui, la solitude, vous inspirent des idées noires et des terreurs paniques. Je veux mourir si le tambour est autre part que dans votre tête. Ce sont des vapeurs, vous dis -je; et, si vous voulez me croire, j'ai un remède infaillible pour vous les guérir.

M^ie CATAU.

Ah ! le beau médecin de neige avec ses remédesl J'ai entendu le tambour comme je vous entends. Est-ce que j'ai des vapeurs, moi?

LE M A K Q D I s.

Pourquoi non? Les vieilles fillesy sont sujettes. M™e CATAU, en colère.

Si je suis fille , c'est que je le veux bien , entendez-vous? et je puis cesser de l'être quand il me plaira.

LE MARQUIS

Je le veux croire... Mais, dussiez-vous enrager, madame Catau, je vous dirai tout net que tout ce que l'on vient de me conter n'est que l'effet

d'une imagiiiation blessée. Petits esprits, petits

esprits, qui donuent dans ces visions!

LA BARONNE

Enfin vous ne croyez donc pas qu'il revienne des esprits .'*

LE MARQUIS

Demandez-moi aussi, madame, si je ne crois pas le conte de Peau dAne?... Dieu me damne, c'est la même chose!

M™^ CAïAL', à la baronne.

Eh ! madame , n'écoutez point cet homme-là ; c'est un hérétique.

LE M A r. Q r 1 s , a la baron ne.

Vous voulez me persuader qu'il revient cher vous. Apparemment que l'esprit prend son temps tous les soirs après que vous m'avez renvoyé. Mais qu'il paroisse donc devant moi, cet animallà ; je vous promets de lui donner les étrivières.

Muie CAÏAU.

Quoi! madame', vous souffrirez qu'il menace àes étrivières l'esprit de feu monsieur votre mari?

LE MARQUIS

Supposons un moment qu'il y ait des esprits qui reviennent. Avez-vous la simplicité de croire que votre mari soit assez déraisonnable pour conserver des droits sur vous après sa mort *

ACIK I, SCÈN-E VI ni

N'est-il pas trop heureux de vous avoir possédée pendant qu'il a vécu ?

LA B k ROTULE, s' attendrissant.

Marquis, n'insultez point à sa mémoire. Je me flatte qu'il s'est tenu fort heureux de me posséder; et je me tiens malheureuse de ne le posséder plus.

LE MAKQUIS.

Parbleu! c'est bien fait de parler de la sorte; j'aime les bienséances.

LA BARONNE

Je laisse ces bienséances aux dames de la cour. Pour moi, qui ne joue point la comédie, je parle toujours comme je pense ; et je vous jure que , si j'étojs bien aise d'être veuve , je vous l'avouerois sans façon.

LE MARQUIS

Quoi ! sérieusement , vous êtes fâchée d'être en liberté de vous remarier?

Je donnerois volontiers tout ce que je possède pour n'avoir pas cette fatale liberté.

iTe marquis, riant.

Ha, ha, ha, ha! je veux mourir si ce n'est la peur de l'esprit qui vous fait parler de la sorte!... Je connois bien des veuves, à la cour et à Paris; mais je n'en connois point qui soient fâchées de

lO.

ii4 Li: TAMBOUR NOCTURNE,

l'être, si ce n'est de l'être trop long-temps... Sur ce pied-la, ma chère veuve, vous avez donc juré de ne vous remarier jamais?

LA BARONNE

C'est une te'mêrité que de faire de pareils serments.

jjme c A T A U , à part.

Ah ! je respire.

LA BARONNE, au marquis.

Je connois trop la foiblesse de mon sexe pour ni'exposer à être parjure; mais, si je pense toujours comme je fais, je vous -proteste que je m^ourrai veuve du baron.

LE MARQUIS

Et moi, je vous proteste que vous ne le serez pas encore huit jours. Je vous ferai bientôt changer de sentiment.

LA BARONNE

C'est ce qu'il faudra voir.

LE MARQC IS.

Votre cœur n'a qu'à se bien tenir.

Mme CATAU, a part.

Le fat !

LE MARQUIS, à la baronne.

Je vais l'attaquer dans les formes.

M^ie CATAU, à^arf.

L'impertinent!

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