‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 101 sur 242 · ADÉLAÏDE, SOPHIE · texte numérisé non relu

ADÉLAÏDE, SOPHIE

ADÉLAÏDE

Eh bien! chère Sophie, après tant de misère, Libre , enfin , tu t'es vue entre les bras d'un père? Je partage avec toi... Mais je vois, à tes pleurs. Que tu viens d'éprouver le plus grand des malheurs.

SOPHIE

Que ma prison n'a-t-elle été ma sépulture? J'eusse ignoré des maux dont frémit la nature.

ADÉLAÏDE

Ainsi dans notre sang l'ennemi s'est baigné, I- 1 le fer destructeur n'aura rien épargné?

SOPHIE

Il a laissé par-tout le deuil et le ravage.

Nous ne nous en faisions qu'une imparfaite image :

Cette ville n'est plus qu'un débris effrayant

Où l'œil éjiouvanté la cherche en la voyant;

Stockholm a disparu ; sa splendeur est éteinte :

Un désert est resté ; vaste et lugubre enceinte.

Où tout ce que la guerre épargna de héros

A péri dès long-temps par la main des bourreaux !

i6o GUSTAVK-WASA.

Mon père fut du nombre, et je viens de l'apprendre: Mais en vain je demande où repose sa cendre; Et c'est m'apprendre assez que de son triste sort L'horreur s'est étendue au-delà de sa mort.

ADÉLAÏDE

Ton père fut fidèle et cher à sa patrie. Pour oublier sa mort souviens-toi de sa vie, Et te sers des conseils dont tu savois si bien Combattre ma douleur quand je pleurnis le mien. Hélas! Quels sont tes maux près de ceux que j'endure? Vois >;émir à-la-fois l'amour et la nature ; Car enfin sois sincère, en crois-tu Léonor? Qu'en penses-tu? son fils respire-t-il encor?

SOPHIE

Non, madame; sa mort n'est que trop avérée.

ADÉLAÏDE

Cruelle! et quel témoin t'en a donc assurée?

SOPHIE

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