ADÉLAÏDE, SOPHIE
ADÉLAÏDE
Je revois la lumière, et tu veux que je vive!
Mais sous quel astre enfin ? Suis-je reine ou captive ?
Parle; dois-je bénir ou détester tes soins?
Tes yeux de tant d'horreurs étoient-ils les témoins?
SOPHIE
Non, madnme : j'étois dans ce palais errante.
Lorsque, sans mouvement, pâle, froide, et mourante.
Je vous ai prise ici de la main des vainqueurs.
Étoient-ce vos tyrans ou vos libérateurs?
Ma vue à tout cela ne s'est guère attachée.
Léonor de mes bras venoit d'être arrachée.
Mon trouble, votre état, des cris renouvelés.
Par ces cris les vainqueurs au combat rappelés ,
De tant d'événements et le nombre et la suite
N'ont pu de notre sort me laisser bien instruite:
Et du feu meurtrier le bruit sourd et lointain
Dit trop que le succès est encore incertain.
Mais l'inhuniaiiitc' que j'ai le moins conçue,
«j'est l'état dcplorabie où je vous ai re<;u(î.
ADÉLAÏDE
Ta pâliras, Sophie, au récit du danger
Qu'en ce désordre affreux l'eu m'a fait partager.
.Sur ces bords dont l'hiver a glacé la surface.
Mes ravisseurs fuyoient; et, franchissant l'espace
Qui semble séparer le rivage et les eaux ,
M'enlevoient vers la rade où flottoient leurs vaisseaux.
.l'en croyois Frédéric , et je m'étois flattée
De voir en sa faveur la flotte révoltés;
Mais plus nous approchions, moins j avois cet espoir:
'l'ont ce cpie j'aperçois paroît dans le devoir.
Laissant donc pour jamais Gustave et ma patrie,
.le demandois la mort, cpiand ce prince, en furie.
Du palais où ses yeux ne me rencontroient point,
Knteiid mes cris, me voit, vole à nous, et nous joint.
On se mêle. Je veux regagner le rivage;
Par-tout je me retrouve au centre du carnage.
La fortune se joue eu ce combat fatal.
Sur la glace long-temps l'avantage est égal.
Elle nuit à la force, elle aide à la foiblesse;
Et chaque pas trahit la valeur ou l'adresse.
l'arini des cris de rage, et de mourantes voix.
Un bruit plus effrayant , plus sinistre cent fois,
Sous nous, autour de nous, au loin se fait entendre.
La glace en mille endroits menace de se fendre;
.Se fend, s'ouvre, se brise, et s'épanche en glaçons.
Qui nagent sur un gouffre où nous disparoissons.
liien encor, quelque effroi qui dût m'avoir émue.
Rien n'avoit échappé jusqu'alors à ma vue;
Mais du voile mortel mes yeux enveloppés ,
2oa GUSTAVE-WASA.
D'aucun objet depuis n'ont plus été frappés. Du reste , mieux que moi tu n'es pas informée. Ainsi de plus en plus tu me vois alarmée. D'un rude et long combat peut-être qu'affoibli Gustave est demeuré sous l'onde enseveli; Peut-être que, sans chef, nos troupes fugitives Auront à son rival abandonné ces rives; Et quand je me figure en proie a ses transports. L'épouvantable abvme où je retombe alors...
SOPHIE, t interrompant.
Non, non ; d'un tel péril avoir été sauvée, Au bonheur le plus grand c'est être réservée : Madame, espérez tout; cessant d'être ennemi, Le destin rarement favorise à demi.
ADÉLAÏDE
Eh! que peut-il pour moi? Que veux-tu que j'espère.
Le fils m'étant rendu, s'il faut pleurer la mère?
Quelle joie offrira la victoire à mon cœur?
Si Christierue fuit, s'il échappe au vainqueur,
Léonor au tyran demeure abandonnée :
Elle à qui je dois plus qu'à ceux dont je suis née.
Elle dont le malheur n'est venu que du mien ,
Qui me tient lieu de tout, sans qui tout ne m'est rieu.
Son sang paieroit liientôt la commune allégresse.
Léonor périra !
SOl'Hl E.
Le bruit des armes cesse.
Elles ont décidé, madame... Un vient à nous.
ACTK V, .SCÈNE II. :>oi