ACTE I, SCENE II. jî
DORANTE
Le jeune hoiume encor plus.
LISETTE
Lucile est uu parti.
DORANTE
Je suis bon pour Lucile.
LISETTE
Elle a cent mille écus.
J'en aurai deux cent raille.
LISETTE
Mais vous aimera-t-elle?
DORANTE
Ah ! laisse là ta peur :
Quand je t'en vois douter , ta me perces le cœur.
LISETTE
Je vous l'ai dit cent fois ; c est une nonchalante
Qui s'abandonne au cours d'une vie indolente,
De l'amour d'elle-même éprise uniquement ,
Incapable en cela d'aucun attachement;
Une idole du nord, une froide femelle.
Qui voudroit cpi'ou parlât , que l'on pensât pour elle;
Et sans agir, sentir, craindre, lii désirer.
N'avoir que l'embarras d'être , et de respirer.
Et vous voulez qu elle aime ! Elle , avoir inie intrigue !
Y pensez-vous, monsieur? Fi donc ! cela fatigue.
Vovez, depuis un mois que le cœur vous en dit,
.si \otre amour vous laisse un moment de répit
Et c'est , ma foi, bien pis chez nou> que chez les hommes
2a4 LA MÉTIIOMANIE.
DORANTE
EnRil depuis uii mois, sachons où nous en sommes.
Elle aime éperdumeut ces vers passionnés
Que votre ami compose , et que vous nous donnez;
Et je guette l'instant d'oser dire à la belle
Que ces vers sont de vous, et qu'ils sont faits pour elle.
DOUANTE.
Qu'ils sont de moi ! Mais c'est mentir effrontément.
LISETTE
Eh bien ! je mentirai : mais j'aurai l'agrément D'intéresser pour vous l'indifférence même.
DORANTE
Lucile en est encore à savoir que je l'aime ! Que ne profitions-nous de la couunodité De ces vers amoureux dont son goût est flatté? Un trait pouvoit m'y faire aisément reconnoître, Et, mieux que tu ne crois, m'eût réussi peut-être.
LISETT E.
Eh ! non , vous dis-je , non ; vous auriez tout gâté :
L'indifférence incline à la sévérité.
Il a fallu d'abord préparer toutes choses,
De l'empire amoureux lui déplier les roses,
L'induire à se vouloir baisser pour en cueillir.
D'aise, en lisant vos vers, je la vois tressaillir,
Sur-tout quand un amour qui n'est plus guère en vogue,
Y brille sous le litre ou d idylle ou d'églogue.
Elle n'a plus l'esprit maintenant occupé
Que des bords du Lignon, des vallons de Tempe .
De bergers figurant quelques dauses légères,