ACTE I, SCENE II
Ou tout le jour assis aux pieds de leurs bergères , Et couronnés de fleurs , au son du chalumeau , Le soir, à pas comptés, regagnant le hameau. La voyant s'émouvoir à ces fades esquisses , Et de ces visions savourer les délices , J'ai cru devoir mener tout doucement son cœur, De l'amour de l'ouvrage à l'amour de l'auteur.
DORA NTE.
C'est une églogue aussi qu'on lui prépare encore; Damis se lève exprès chez vous avant l'aurore.
LISETTE
Damis !
DORANTE
L'auteur des riens dont on fait tant de cas. Et sa rencontre ici, tout franc , ne me plaît pas.
LISETTE
Celui que nous nommons monsieur de l'Empyrée?
DORANTE
Oui; son talent chez nous lui donne aussi l'entrée;
Mon père en est épris jusqu'à l'aimer, je croi.
Un peu plus que ma mère , et presque autant que moi.
Laissons là son églogue. '
\ DORANTE
Ah soit ! je l'en dispense.
Sur un pareil emprunt, tu sais comme je pense.
LISETTE
Monsieur de Fraucaleu ne vous connoît pas?
DOR A NTE.
Non.
2a6 LA MÉTROMANIE.
LISETTE
Faites-vous présenter à lui sous un faux nom. Ici , l'amour des vers est un tic de famille : Le père , qui les aime encor plus que la fille , Regarde votre ami comme uu homme divin ; Kt vous plairez d'abord, présenté de sa main.
DORANTE
Il faut lui déguiser la raison qui m'attire.
LISETTE
La fureur du théâtre en est une à lui dire.
Desirez déjouer avec nous. Justement
Quelques acteurs nous fout faux bond en ce moment.
DORANTE
Oui-dà ! je les remplace, et je m'offre à tout faire.
A la pièce du jour rendez-vous nécessaire, Il s'agit de cela maintenant : après quoi...
DORANTE
Voici notre poète. Adieu. Retire-toi.