‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 203 sur 242 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MONDOR; LISETTE, avec une robe et une coiffure parfaitement semblables à celles de Lucile.

MONDOR, quelle tire par la manche en regardant derrière elle avec un air inquiet.

A mioi bon dans le parc ainsi tourner sans cesse , Pirouetter, courir, voitiyer?

LISETTE

Mondbr !

MONDOR

Qu'est-ce?

USETTK.

Tu ne voyois pas ?

MONDOR

Quoi?

LISETTE

Qu'on nous épioit.

MONDOR

Quand ?

l,e voilà bien sot!

LA MÉTROMANIE, 3o3

M ON DO R

Qui?

LISETTE

Le trait , certe , est piquant.

MONDOn.

Quel?

LISETTE

Quel ? qu'est-ce ? quoi ? quand ? qui ? L'amant de Lucile , Que son mauvais démon ne peut laisser tranquille; Dorante.

MONDOR

Eh bien , Dorante?

LISETTE

Il nous a vus de loin.

Ainsi que lu croyois m'aborder sans témoin. Sous ce nouvel habit , du bout de l'avenue , Qu'il ait cru voir Lucile ou qu'il m'ait reconnue, Près de toi l'un vaut l'autre; et sur-tout son destin Semblant te mettre exprès une lettre à la main. Nous entrons dans le parc : il nous guette , il pétille , Il se glisse, et nous suit du long de la charmille. Moi , qui du coin de l'œil observe tous ses tours. Je me laisse entrevoir, et disparois toujours. Dieu sait si le cerveau de plus en plus lui tinte! Tant qu'enfin je le plante au fond du labyrinthe , Où le pauvre jaloux, pour long-temps en défaut. Peste et jure, je crois, maintenant comme il faut. Je ferois encor pis, si je pouvois pis faire. De ces cœurs défiants l'espèce atrabilaire Ressemble, je le vois, aux chevaux ombrageux;

3o4 LA MÉTROMAME.

Il faut les ajuerrir, pour venir à bout d'eux.

MONDOR

Oh parbleu ! ce n'est pas le foible de mon maître. Au contraire, il se livre aux gens sans les connoître; Et présume assez bien de soi-même et d'autrui , Pour se croire adoré, sans que l'on songe à lui. Du reste, sait-il bien se tirer d'une affaire?

LISETTE

Ceux qui l'ont séparé d'avec son adversaire,

Disent qu'il s'y prenoit en brave cavalier;

Et, pour un bel esprit, qu'il est franc du collier.

MONDOR

Il n'est sorte de gloire à laquelle il ne coure. Le bel esprit en nous n'exclut pas la bravoure. D'ailleurs , ne dit-on pas : Telles gens , tel patron ; Et, dès que je le sers, peut-il être un poltron ?

LISETTE

Voilà donc cet amour dont j'étois ignorante , Et que j'ai cru toujours un rêve de Dorante?

MONDOR

Mon maître ne dit mot ; mais , à la vérité , Ce combat-là tient bien de la rivalité. En ce cas, mon adresse a tout fait.

LISETTE

Ton adresse?

M o N u o R. Oui. J'ai de sa conquête honoré ta maîtresse. Celle qu'il recherchoit ne me convenant pas, De I.ucile , à j)ropos, j'ai vanté les apjias : Lui conseillant d'avoir souvent les yeux sur elle ,

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