‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 41 sur 242 · ACTE II, SCÈNK XIV. fit · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNK XIV. fit

m'en distraire par des plaisirs innocents ; mais le souvenir d un époux vient toujours à la traverse. Quoique je n'aie été que deux mois avec lui, qu'il fut vieux, goutteux, et toujours malade... C'est quelque chose de bien tyrannique que le pouvoir de l'IiA-men!

POLYMATHE.

Tant de charmes ne sont point faits pour être infructueusement admirés : il faut changer d'état, madame, il faut changer d'état au plus tôt.

Moi! songer à me remarier?... Ah! si vous saviez, monsieur, les inconvénients auxquels est exposée une jeune personne, quand elle a le malheur de perdre un époux!

POLYMATHE.

Vous pouvez le prévenir en donnant la inain à un jeune homme.

LISETTE

A qui se tier, monsieur? Les jeunes gens aujourd'hui sont si étourdis, si dissipés, si libertins, dit-on, en ce pays... Ah! je serois trop difficile dans le choix que je pourrois faire. Je voudrois unir les .sentiments, la figure, la conduite, la politesse, l'esprit, le bon sens, à une .-science universelle. Voyez si cet assemblage est aisé.

70 LF. FAUX SAVANT.

POLYMATHE.

Il esl des plus rares : je connois pourtant un cavalier, dans l'été de ses jours, à qui ce portrait ne ressemble pas mal.

LISETTE

Ne me le nommez pas , monsieur : je le connois peut-être aussi bien que vous-même; mais je lui cacherai ma foiblesse. Jel'aimerois trop pour l'associer à ma destine'e. Seroit-ce avec soixante mille livres de rente que je pourrois faire sonbonheur, et celui des héritiers que je lui donnerois? On me dira que j'attends d'autres successions. J'ai deux sœurs mariées, à la vérité, mais elles sont si vives, si vives... Je suis la moins sémillante de la famille.

POLYMATHE.

Soixante mille livres de rente? Quel iénitif à la douleur qu'on ne sent point! Vous êtes adorable! On ira pour vous jusqu'à l'idolâtrie.

LISETTE

Eh! que me sei-viroient les vœux de tout l'univers? Je ne serois sensible qu'aux transports d'un seul homme : il n'en est qu'un au monde qui pût flatter mon cœur et ma vanité... Mais, quedis-jo, ma vanité? p'oile que je suis, il la rabaisseroit plutôt. Serois-je venue m'offrir, de si lr>in, aux fers d'un vainqueur? Non pas, non pa», mon-

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