ACTE m, .SCENE XI
vois un Amour dont le flambeau est à 1 écart, qui a son bandeau sur la bouche, au lieu de l'avoir sur les yeux ; son carquois, mêlé de fleurs avec les flèches. . . une bergère. . . le Temps. . . l'Hymen... Tout cela me paroit assez difficile à comprendre ; et, pour mieux juger du tout ensemble, il faudroit d'abord connoitre le sujet, n o R I M A X , à Lucile.
Expliquez-le à monsieur.
LUCILE, détaillant le tableau.
Une vérité qui me frappa, il v a quelque temps , m'en a fourni l'idée. L'Amour, dont vous voyez le bandeau sur la bouche, est un Amour éclairé, qui impose le secret en aimant. Son flambeau à l'écart fait voir que l'éclat ne convient pas aux grandes passions. Son carquois, mêlé de flèches et de roses, prouve que, comme la rose a ses épines, l'amour a ses peines; et le Temps fait approcher l'Hymen de l'Amour, pour consoler la bergère assise sur ce gazon ; en sorte que tout se réduit à penser que la prudence, le secret et la persévérance surmontent, en aimant, les plus grands obstacles.
LisinOR, examinant le tableau.
Fort bien ! l'imagination en est charmante. Rien n'est plus clair. Je conçois que la réflexion a bcaiiroup de part a votre nnvrngo. Tout m r
loo Li: FAUX SAVANT,
paroît délicat. Justesse dans le dessin, ordonnance bien entendue, noblesse dans les figures... des grâces par-tout. L'Amour même semble avoir conduit votre pinceau. Mais, à ne vous rien cacher, je voudrois plus de vivacité, plus d'expression dans le visage de cette belle. Je ne trouve pas son attitude assez parlante.
D o p. I M A N , à Lucile.
Soyez attentive. Monsieur paroît raisonner fort juste.
LUCILE
Je n'en perds pas un mot.
LISIDOIi.
Les yeux sur-tout, les yeux, l'anie de la beauté, sont le miroir de l'amour. Ils ne disent pas, ces beaux yeux, ce qu'ils peuvent dire: ils ne sont pas aussi animés que je m'imagine qu'ils devroient l'être. Non, la satisfaction de la bergère n'est pas exprimée avec ardeur ; sa joie ne se manifeste pas assez.
DORiMAN, « Lucile, fjui montre de l'embarras.
Vous voilà tout étonnée, toute distraite?
LUCILE
Point du tout... Je suis attentive.
LisiDOR, n Doriman.
Vous m'avez ordonne d'être sincère.
ACTI, 111, SCÈNE XI. lot
I)OR JM AN.
Oui : vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir. Dites-lui tovit ce que vous pensez. 1. 1 s I n o R .
C'est mon dessein, et, pour vous en convaincre, je vais m expliquer encore plus intelligiblement.. . sans détour... (/« Lucile.) Supposons, dans ce monient , que vous êtes cette même bergère, et je ni'iuiaginerai , pour un instant aussi, que je suis l'Amour, ou l'amant. Monsieur sera le juge du degré dt tendresse et de l'attitude que vous auriez du donner à vos figures. Peignons-nous donc les originaux de ce tableau. Penchez, je vous prie, négligemment, mais gracieusement la tête. (^Lucile prend une tendre attitude, et regarde Lisidor.) Fort bien. Arrêtez sur moi vos regards... Fixez-moi sans crainte; monsieur le permet... Sans crainte.
i> O R I M A N , n Lucile.
Faites ce <jue monsieur vous dit.
Lisinon.
Les exemples rendent les choses plus louchantes que les discouis.
nom M AN.
Sans doute.