‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Du Vaure, et PironChapitre 62 sur 242 · ACTE m, .SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE m, .SCENE XI

vois un Amour dont le flambeau est à 1 écart, qui a son bandeau sur la bouche, au lieu de l'avoir sur les yeux ; son carquois, mêlé de fleurs avec les flèches. . . une bergère. . . le Temps. . . l'Hymen... Tout cela me paroit assez difficile à comprendre ; et, pour mieux juger du tout ensemble, il faudroit d'abord connoitre le sujet, n o R I M A X , à Lucile.

Expliquez-le à monsieur.

LUCILE, détaillant le tableau.

Une vérité qui me frappa, il v a quelque temps , m'en a fourni l'idée. L'Amour, dont vous voyez le bandeau sur la bouche, est un Amour éclairé, qui impose le secret en aimant. Son flambeau à l'écart fait voir que l'éclat ne convient pas aux grandes passions. Son carquois, mêlé de flèches et de roses, prouve que, comme la rose a ses épines, l'amour a ses peines; et le Temps fait approcher l'Hymen de l'Amour, pour consoler la bergère assise sur ce gazon ; en sorte que tout se réduit à penser que la prudence, le secret et la persévérance surmontent, en aimant, les plus grands obstacles.

LisinOR, examinant le tableau.

Fort bien ! l'imagination en est charmante. Rien n'est plus clair. Je conçois que la réflexion a bcaiiroup de part a votre nnvrngo. Tout m r

loo Li: FAUX SAVANT,

paroît délicat. Justesse dans le dessin, ordonnance bien entendue, noblesse dans les figures... des grâces par-tout. L'Amour même semble avoir conduit votre pinceau. Mais, à ne vous rien cacher, je voudrois plus de vivacité, plus d'expression dans le visage de cette belle. Je ne trouve pas son attitude assez parlante.

D o p. I M A N , à Lucile.

Soyez attentive. Monsieur paroît raisonner fort juste.

LUCILE

Je n'en perds pas un mot.

LISIDOIi.

Les yeux sur-tout, les yeux, l'anie de la beauté, sont le miroir de l'amour. Ils ne disent pas, ces beaux yeux, ce qu'ils peuvent dire: ils ne sont pas aussi animés que je m'imagine qu'ils devroient l'être. Non, la satisfaction de la bergère n'est pas exprimée avec ardeur ; sa joie ne se manifeste pas assez.

DORiMAN, « Lucile, fjui montre de l'embarras.

Vous voilà tout étonnée, toute distraite?

LUCILE

Point du tout... Je suis attentive.

LisiDOR, n Doriman.

Vous m'avez ordonne d'être sincère.

ACTI, 111, SCÈNE XI. lot

I)OR JM AN.

Oui : vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir. Dites-lui tovit ce que vous pensez. 1. 1 s I n o R .

C'est mon dessein, et, pour vous en convaincre, je vais m expliquer encore plus intelligiblement.. . sans détour... (/« Lucile.) Supposons, dans ce monient , que vous êtes cette même bergère, et je ni'iuiaginerai , pour un instant aussi, que je suis l'Amour, ou l'amant. Monsieur sera le juge du degré dt tendresse et de l'attitude que vous auriez du donner à vos figures. Peignons-nous donc les originaux de ce tableau. Penchez, je vous prie, négligemment, mais gracieusement la tête. (^Lucile prend une tendre attitude, et regarde Lisidor.) Fort bien. Arrêtez sur moi vos regards... Fixez-moi sans crainte; monsieur le permet... Sans crainte.

i> O R I M A N , n Lucile.

Faites ce <jue monsieur vous dit.

Lisinon.

Les exemples rendent les choses plus louchantes que les discouis.

nom M AN.

Sans doute.

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