ACTE I, SCENE I. li
Je vis Adélaïde. Ah! Rodolj>he, peins-toi
Tout ce qu'a la beauté de seiluisant en soi,
Tout ce qu'ont d'enjajjeanl la jeunesse et des {"races
Où la tendre lanjjueur fait remar((uer ses traces !
Jamais de deux beaux yeux le charme en un moment
N'a, sans vouloir apir, a^»i si puissamment,
Ni jamais, dans un cœur, l'amour ne prit naissance
Avec tant d'ascendant et si peu d'espérance.
De quoi pouvois-je alors en effet me flatter?
Les suites d'un divorce étoient à redouter.
Et qu'espérer, d'ailleurs, de cette ame inflexible,
Que de loin dominoit un rivai invincible?
Je n'osai donc parler , mon feu se renferma;
iMais, sous ce feu couvert, le dépit s'alluma.
Du fu(i;ilif aimé crai[;uaut 1 audace active,
Je resserrois toujours les fers de ma captive ;
Enfui, pour n avoir plus à la persécuter.
Je publiai l'arrêt quon vient d exécuter.
Frédéric ici doue est le seul qui me {jéne.
Qu'il aille a (Joj)eidiaf;ue y rem|>lacer la reine;
Qu'il parte, et que l'honneur d'un si brillant emploi
Servr d'heureux prétexte à leloiijner de moi.
RODOLPHE
Frédéric est encor vertueux et fidèle.
Mais il est adoré dans le parti rebelle ,
Et des écrits publics font revivre des droits
Que l'on pi'etend qu'il a de nous donner des lois.
F'.rreur pernicieuse, ou damnable artifice.
Qui travestit le crime en acte île justice.
Du maitie et des sujets rompt le sacre lien .
ia8 GUSTAVE-WASA.
ht fait d'un parricide un zélé citoyen ! N'exposez pas le prince au danger trop visible P'oublier ses devoirs en trouvant tout possible; Et sur-tout au moment qu'environné d'amis. Son amour offensé se croiroit tout permis. Laissez-le, s'occupant de sa folle tendresse. Vainement soupirer aux pieds de la princesse. Cependant, sous le joug ramenant le Danois, Et bientôt pour un sceptre en ])ouvant offrir trois, Satisfaites ce feu dont vous daignez vous plaindre: Déclarez-vous en roi qui n'a plus rien à craindre; Et vous verrez alors qu'un amant couroinié Devient, dès qu'il lui plaît, un époux fortuné.
CH RISTI ERN E.
Des soucis dévorants où mon cœur se consume , Je sens que ta présence adoucit l'amertume. .Sur tes conseils , ami , je réglerai mes pas. Veille, écoute , et vois tout ; ne te ralentis pas. Perce de cette cour l'obscurité perfide. Sous ta garde aujourd'hui je mets Adélaïde. Fais-la de sa prison passer en ce palais ; Mais auprès d'elle encor n'accorde aucun accès. Du sort de son amant gardons-nous de l'instruire. Chargeons-en le rivai à qui nous vouions nuire... Va; tâche seulement, lui peijjnant ma grandeur. Tâche à la disposer à l'orfre de mon cœur.
( liodolphc soi-t. )