‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 152 sur 279 · ACTE I, SCÈNE I. iiS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. iiS

Et dans le seul excès il sait se reposer. Je ne me flatte point ; je le connois ce maître Que ma haine menace, et qu'elle craint peut-être. Tranquille maintenant, l'amour qui le séduit Suspend son caractère , et ne l'a point détruit. Mais plus pour la vertu son cœur a de constance, Et bientôt plus le crime obtiendra de puissance. De moment en moment il peut se réveiller. Et, tandis qu'il sommeille, il le faut accabler. Dès long-temps mes complots préparent sa ruine, •l'ai banni de son cani]) l'austère discipline. Des chefs et des soldats j'ai corrompu les cœurs. Sur les plus factieux j'ai versé les faveurs; A la fidélité réservant la disgrâce.

Mon adroite indulgence a caressé l'audace. Aux bruits semés par moi de ses lâches amours Le murmure a passé dans leurs libres discours; Et, saisissant enfin l'espoir que j'ai vu luire , Du murmure au mépris je les ai su conduire. C'est ainsi que, semant la feinte et les détours , J'attaque sa puissance et j'assiège ses jours ; J'allume le tonnerre, et j'empêche qu'il gronde. Sans savoir mes projets le mufti les seconde. Je ne crains que l'aga. Janissaire indompté. Rien ne peut altérer sa hère intégrité : Imprudent , mais zélé , son audace hautaine Obtient, brave l'estime, et subjugue la haine. Son devoir est sa loi , son maître est tout pour lui ; Et je m'efforce en vain d'ébranler cet appui. Espérons toutefois : c'est mon frère , et , peut-être ,

aîf. MAHOMET SECOND.

Saisissant les moyens que le temps fera naître ,

Son zcle par mes soins se verra refroidi ,

Ou je le tournerai contre mon ennemi.

Est-il quelque rempart construit par la puissance

Que ne détruise enfin l'aiidacc et la prudence?

Toi qui, depuis long-temps, des malheureux chrétiens

Par mes ordres secrets adoucis les liens,

De mes conseils [)riidents as- tu su f;iire usage?

Tes soins ont-ils des Grecs relevé le courage?

Et vers la liberté, que je viens leur offrir.

Osent-ils en secret pousser quelque soupir?

Acn.MKT.

Couchés dans la poussière, abandonnés aux larmes,

J'ai long-temps, mais en vain , combattu leurs alarmes.

Le succès leur paroît trop voisin du danger;

Leurs yeux tremblants encor n'osent l'envisager.

Il en est cependant de qui la noble audace

A bravé , devant moi , la mort et la menace.

Je leur fais espérer votre solide appui.

Il leur manquoit un chef, et le ciel aujourd'hui

Flatte l'heureux succès où votre cœur aspire.

Le plus vaillant des Grecs, Théodore respire.

LE VI.SIR

Théodore?

ACHMET

Oui, seigneur, du sang de Constantin , C'est lui qui du vainqueur troubla l'heureux destin, Qui dans ces mêmes murs retarda sa victoire. Et de son [)ropre sang lui fit [)ayer sa gloire.

Page 1