‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 174 sur 279 · ACTE III, SCÈNE VI. aSq · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. aSq

« Ce même Mahomet, plein d'une obscure flamme, « Languit depuis deux ans aux genoux d'une femme; « Et pour elle rompant les lois de ses aïeux, « Quoique esclave et chrétienne , il l'épouse à nos yeux ! i Ah ! seigneur, tu connois ce que peut l'insolence D'une armée une fois livrée à la licence ? Arme, non point contre eux, mais contre ton amour, Arme les sentiments d'un généreux retour. Vole à ton camp : ton œil redoutable et sévère Confondra d'un regard l'orgueilleux janissaire; Ou plutôt, rappelant tes projets oubliés, Souhaite une couronne , elle tombe à tes pieds.

MAHOMET, à part.

Oui , je la confondrai cette armée insolente , Qui réveille en mon cœur une valeur sanglante; Oui, je le leur rendrai ce sévère empereur : Ils me veulent cruel? qu'ils craignent ma fureur. L'amour ne me rend point insensible à l'injure; Mon bras va dans leur sang étouffer le murmure...

{àlaga.) Et toi, sors, malheureux!

Tu m'as promis la mort :

Je vais la mériter par un dernier effort. *•

Dans les bras de l'amour je mécounois mon maître ; Puissé-je à sa vengeance enfin le reconnoitre! Que fais-tu dans ces murs? Pourquoi laisser flétrir Ces palmes, ces lauriers, que tu voulois cueillir? Byzance est sous tes lois : entre dans la carrière; Ouvre les bra?, l'Europe y vole tout entière;

76o MAHOMET SECOND.

Son empire est à toi : les ini|inuleiits chrétiens .S'cm|iressoiit à brijjuer l'honneur de tes liens. Sur le triste occident daijjne jeter la vue ; Vois régner sur ses rois la discorde absolue , Vois ces foibles tyrans détruire avec Fureur \a:s remparts qui ponrroient arrêter ta valeur. Ciirétiens contre ciirétlens, quel démon les anime? Ardents à s'entraîner dans un commun ahynie , Le vaincu, le vainqueur, l'un par l'autre pressé, Sous leurs coups nmtuels, y tombe renversé : Aveuglés par la haine, aucun d'eux n'examine Qu'en perdant sou rival il hâte sa ruine , Que chaque combattant qu'il ose terrasser Sont autant d'ennemis qu'il te faudroit percer, Et que, de quelque part que penche la victoire. Tout est perte pour eux , tout cojispire à ta gloire. Du poids de ta puissance étouité leurs discords; Enchaîne au même joug les foibles et les forts. Tout autre bruit se tait lorsque la foudre gronde : Tonne sur ces cruels et rends la paix au monde. Ce sont là les projets nobles et glorieux Qui flattoient, mais en vain, nos coeurs ambitieux; Ce sont là les projets qu'une funeste flamme Interrompt, ou plutôt efface de ton ame : Ainsi donc l'amour seul arma tes combattants! Là se terminent donc tant d'exploits éclatants î Ainsi donc à travers le fer , le sang , la flamme , Tes vœux impatients n'ont cherché qu'une femme !

(Il se jette aux genoux de Mahomet.) Tu rougis!... Ah! rends-moi mon auguste empereur!

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