ACTE V, SCÈNE IV
Irène, chère Irène, il en est temps encore, .Fuyez, éloignez-vous; le feu qui me dévore Peut dans sou âpreté consumer son objet... Ah ! si vous connoissiez le cœur de Mahomet, Ses transports, sa fureur, sa noire barbarie!... L'amour d'un musulman est un amour impie, Toujours prêt dans sa rage à détruire l'autel Où son respect brûloit un encens solennel... Jamais à mes désirs vous ne fûtes plus chère; Et cependant jamais l'implacaliie colère Ne menaça vos jours d'un si pressant danger... (// lève un pnignard sur Irène.) Ce poignard dans ton sein est prêt à se plonger. Irène, crains la mort : son horreur t'environne; Ma fureur te l'annonce , et mon bras te la donne.
IRÈNE
Ton bras est suspendu! Qui t'arrête?... Ose tout; Dans un cœur tout à toi laisse tomber le coup: Frappe, finis mes maux; Irène te pardonne.
MAHOMET, laissant tomber son bras.
Tu me pardonnes... Ciel ! je frémis , je frissonne ! Mon cœur sous ta constance est contraint à plier. Le crime est imparfait, le remords est entier... Tu pleures! tu gémis!... Ah! trop puissante Irène! Je sens qu'à tes genoux ma foiblesse m'entraîne. Ce fer, ce même fer qui t'a pu menacer, Dans mon perfide sein est prêt à s'enfoncer.
( // veut se percer. Irène l'en empêche. ) Tu m'arrêtes! Ah! Dieu, que d amour!., que de channes..! (// laisse tomber le poignard.)
a88 MAHOMET SKCOND.
Kli quoi! tant de fureur se termine à des larmes!... Irène, dt'cidons : veux-tu vivre et régner? Aux yeux de mes sol<lals je vais te couronner: J'en jure par le ciel ; tes attraits, ma puissance. Les siipj)lices, la mort, vaincront leur résistance... (^ne dis-je? .\ii ! luis plutôt, luis, daiijjereux ohjet; Mon amour, ma vertu, mes j)icMrs, sont ton forfait. Laisse-moi tout entier m'abandonner au crime; Et du moins ne sois pas ma première victime.
I fl K N E.
Oui, je vais terminer tant de combats affreux:
Je vous cjuitte. Oubliez un objet malheureux.
Ne vous reprochez plus votre amour pour Irène;
Cet instant pour jamais va briser votre chaîne...
Pour jamais!... Ah ! seigneur!... Mais dans ce triste jour
Je pleure vos vertus bien plus que votre amour...
Adieu. Souvenez-vous pour qui je vous implore.
{Elle sort.)