DIDON, ÉLISE
D I D 0 N , à Elise.
Élise, que deviens-je et quel trouble m'agite ? Quel soupçon se présente h. mon ame interdite? De quel malheur fatal vient-il me menacer? Énée ! O ciel!.. Non, non, je ne puis le penser. Il m'aime; il ne veut point trahir une princesse Qui par mille bienfaits lui pi'ouve sa tendresse.
-'S DinoN.
Mais, lorsque notre hymen doit Faire son bonheur, <^uel noir pressentiment fait naître sa terreur?...
( à piirt.) J'',st-ce toi, peuple ingrat?. .. est-ce vous, cher Énée, <Jui trompez sans pitié mon ame infortunée? <^)ui tlois-je soupçonner? (piels maux ilois-je prévoir? <'.onspirez-vous ensemhle à trahir mon espoir? Tendre ou perfide amant!... Fatale incertitude!
ÉLISE
Soupçonner un héros de tant d'in{;ratitude, Quand vos bienfaits sur lui versés avec éclat...
D I D 0 N , l'interrompant.
En amour un héros n'est souvent qu'un ingrat. Hélas! après l'espoir dont je ui'étois flattée. Dans quel gouffre d'horreurs suis-je précipitée? Je m'.attends ilésormais aux plus sensibles coups; J'ignore mes malheurs et dois les craindre tous.
ÉLISK.
Ah ! du choix des Troyens vos faveurs vous répondent , Et contre leurs destins les vôtres vous secondent. Assez et trop long-temps leur empire détruit, Un pays ignoré qui sans cesse les fuit , Ont causé leurs regrets, nourri leur espérance; Croytz que le repos, les plaisirs, l'abondance, Effaceront bientôt de ces cœurs prévenus Une ville brûlée et des bords inconnus.
uiuois.
ÎS'on ; il faut qu'avec lui mon ame s'éclaircisse... J'y vole... Un seul instant redouble mon supplice...