ACTE II, SCÈNE IX
Eh I mais..
Quoi ! vous croyez que l'amour soit cela?
JULIE
Oui vraiment ; aujourd'hui l'on n'en counoit pas d'autre. Arrangeons-nous pourtant; voyons, quel est le vôtre? Détaillez-moi...
CLITA N ORE.
Le mien, toujours mal défini.
Se dérobe au discours , ne peut qu'être senti; Et, sans vous offenser, je présume, madame. Qu'il est rare entre vous , car il lui faut une ame.
JULI E
Ah ! vous m'allez vanter cet être suranné. De mystères, de pleurs, d'ennuis environné; Ce tyran des plaisirs de nos antiques belles, Pour qui c'étoit trop peu d'être dix ans fidèles. Tout ce vieux protocole est banni sans retour : Ce n'est plus qu'eu passant qu'on encense l'amour. Clitandre, croyez-moi, suivez cette méthode; Elle est plus usitée, et beaucoup plus commode.
CLITA-N DRE.
Non , cela ne se peut.
JULIE
Quel air humilié !
^'ous vous rendez enfin?
CLITANDRE, voulonl i'cn aller Vous me faites pitié
336 LA COQUETTI. COUHIOÉK.
JULl K.
r)ui? moi, l'aire pitit:?
OLlr A N DU 1..
Oui, d'honneur.
Mais, Clitandre, A la compassion je vous trou\i' un peu tendre. Sans trop d'orj^ueil , j'ai cru , jusques à ce moment, M'inspirer point encor ce triste sentiment.
Kt moi, c'est tout de bon que je vous trouve à plaindre:
Car enfin ce bonheur que vous venez de peindre,
Examinez sa source , et pesez sa valeur ;
Il est dans votre tête, et non dans votre cœur.
Dans la foule et le bruit, une bouillante ivresse.
De l'erreur à l'excès, guide votre jeunesse;
Au milieu des travers, des écarts, des éclats.
Vous cherchez les plaisirs, les plaisirs n'y sont pas.
Pourquoi courir si loin? L'indulgente nature
Les a mis près de vous dans leur juste mesure;
Mais vous ne rencontrez que leur masque trompeur,
Quand vous chargez 1 esprit des intérêts du cœur.
.lULIE
(à pari. ) ( à Clitandre.)
Mais, vraiment, il raisonne. A merveille, Clitandre! A vus discours pourtant je ne saurois me rendre ; Car enfin ces plaisirs, à moi , me semblent doux; Je les sens , j'en jouis.
CUTANUll i:.
Ma foi, tant pis pour vous.