ACTE IV, SCENE V
ROSETTE
Comment donc? Quel chagrin?
JULIE
Je ne veux plus le voir.
ROSETTE
Qui, madame?
JHLIE.
Ni lui, ni personne.
ROSETTE
Eh ! madame , Vous m'effrayez. D'où naît tout ce trouble en votre ame?
De cent sujets divers, tous faits pour m'accabler : J'ai le cœur oppressé... je ne saurois parler.
ROSETTE
Ne plus parler! Ceci redouble mes alarmes.
JULIE
Le dépit, peut s'en faut, me fait verser des larmes. Ce Clitandre...
ROSETTE
Il a tort.
JULIE
Oui , tort ; certainement.
Je ne méritois pas de lui ce traitement.
ROSETTE
Eh ! que vous a-t-il fait?
JULIE
Il m'enlève ma tante.
ROSETTE
Un rapt ! Ah ! juste ciel ! l'affaire est importante :
370 LA COQUETTE CORRIGÉK.
Il faut faire courir après le ravisseur.
JULIE
Qui te dit qu'il i'euiéve? Il a séduit sou cœur, Il l'épouse.
HOSETTE.
Ah ! tant mieux. La chose est plus honuéte.
JOLIE
Honnête?
ItOSETTE.
Je l'ai cru.
JULIE
Je ne sais qui m'airête!...
Mais non... le repentir me les rendra tous deux. Bientôt je les verrai, l'un de l'autre honteux, Confus, désabusés de leurs feux équivoques, M'apporter tristement leurs plaintes réciproques; Me conter leurs chagrins, dont je rirai bien fort; Et ra'appeler en tiers pour maudire leur sort : Je les attends , sur-tout cet orgueilleux Clitandre, Qui veut me corriger, dit-il, qui veut m'apprendre A devenir aimable. Ah ! mon oncle, tout doux. Oui, je le deviendrai... pour un autre que vous. Vous verrez clair alors dans votre ame inquiète; Et, pour votre tourment, je veux être parfaite.
ROSETTE
Ah! je vous recounois.
JULIE
Je ris de la douleur Qui tantôt sottement m'avoit saisi le cœur.