ACTE m, SCÈNE VI
Un monstre des forêts éleva ton enfance , Et tu n'as rien d'humuin que l'art trop dangereux De séduire une femme et de trahir ses feux. Dis-moi, qui t'appeloit aux bords de la Libye? T'ai-je arraché moi-même au sein de ta patrie? Te ftiis-je abandonner un empire assuré, Toi qui, dans l'univers, proscrit, désespéré. Environné par-tout d'ennemis et d'obstacles, Serois encor sans moi le jouet des oracles? Les immortels, jaloux du soin de ta grandeur. Menacent tes refus de leur courroux vengeur?... Ah! ces présages vains n'ont rien qui m'épouvante : Il faut d'autres r.iisons pour convaincre une amante. Tranquilles dans les cieux, contents de nos autels. Les dieux s'occupent-ils des amours des mortels? Notre cœur est un bien que leur bonté nous laisse; Ou , si jusques à nous leur majesté s'abaisse. Ce n'est que pour punir des traîtres comme toi , Qui d'une foible amante ont abusé la foi. Crains d'attester encor leur puissance suprême : Leur foudre ne doit plus gronder que sur toi-même... Mais tu ne connois point leur austère équité : Tes dieux sont le parjure et l'infidélité.
Hélas! que vos transports ajoutent à ma peine ! Moi-méiae je succombe, et mon ame incertaine Ne sauroit soutenir l'état où je vous vois... Didon!...
D I D o .\ , l'interrompant.
.Adieu, cruel, pour la dernière fois.
48 DIDON
Va, cours, xoli; au niilifu lit's veiils el ilcs ornjjcs.
Préfère à mon palais les lieux les plus sanva^jes;
dierclio, au prix de tes jciurs, cos ilaii(;ereux <'lima(s
Où tu ne 'lois rejner qu'après uiille coiul)ats.
Hélas 1 mon rœur charmé t'oFfroit dans ces asiles
Un triMu; aussi lirillant et des biens plus tranquilles.
Cependant tes refus ne peuvent me guérir;
Mes pleurs et mes regrets, qui n'ont pu t'atteudrir,
Loin déteindre mes feux, les redoublent encore...
,1e devrois te hair, ingrat! et je t'adore.
Oui, tu peux sans amour t'éloigner de ces bords;
Mais ne crois pas du moins me quitter sans remords
Ton cœur fût-il cncor mille fois plus barbare ,
Tu donneras des pleurs au jour qui nous sépare;
Et, du haut de ces mur», témoins de mon trépas,
Les feux de mou bûcher vont éclairer tes pas.
[Elle veut s'éloigner.) k.nÉe, voulant lu retenir.
Ah! madame, arrêtez...
D I D o N , l'interrompant.
Ah ! laisse-moi , perfide 1
ÉNÉE
I )u couix-z-vous? Souffrez que la raison vous guide.
m DON.
Va , je n'attends de toi ni pitié ni secours.
Tu soux m'abandonner, que t'importent mes jour>''
th l)ii'n! malgré les dieux, vous serez obéie...
[Didon sort avec Élise.)