‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Lefranc de Pompignan, Guyot de Merville, Pont de Veyle, et LanoueChapitre 47 sur 279 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

ÉLISE, UIDOIN.

ÉLISE, à pari, satii rcconnoitre d'abord Didon. Quel liruit a frappé mon oreille?

Quelle clameur plaintive?,..-

fi4 DIDON.

DlUO\

.\|>|ir<i(lie... soutiens-moi... Je lue meurs...

(Elle se jette daiis les bras (l'Elise, i/ui lu reçoit et In ivcontioit. )

ÉLISE

Quoi , madame! est-ce vous tjue je voi? l^es feux du jour eiicor nu |)ercent point les ombres; Les Hambeauï presque éteints sous ces [lortiques sombres Itendent plus effrayants le silence et la nuit : Quel bizarre transport seule ici vous conduit?...

(voyant Didon près de tomber enfoiblessc.) Vous tremblez dans mes bras ! tout votre sang se (jlace 1 De votre auguste front l'éclat brillant s'efface; Kt vos regards, par-tout égarés dans ces lieux, Semblent fuir un objet invisible à mes yeux.

DiuoN, à part, avec effarement .

Laisse-moi respirer, infortuné Sichée !

Ombre de mon époux, tu n'es que trop vengée!

ÉLISE

Rassurez vos esprits. Ce malheureux époux Dans la nuit des enfers ne pense point à vous

Di DON , à part.

Heine des dieux, Junon, témoin de ma foiblesse. Tu te plais à nourrir ma fatale tendresse; Mais tu n'étouffes pas les remords de mon cœur... Hélas! je meurs d'amour, de honte, et de douleui

ÉLISE, à part.

Dieux ! écartez les maux que son ame redoute...

AGTI': V, SCÈNE II. 65

( (i fJidon. ) Lh ! quel nouveau malheur vous désespère :'

D I DON

Écoute , Et vois quel est entiu le fruit de mes amours. . La nuit du haut des airs précipitoit son cours ; Dans ce vaste palais tout dormoit, hors la reiue.. Je veillois sous le poids de ma funeste chaîne. La honte sur le front et la mort dans le cœur, De l'état où je suis j'envisageois l'horreur. Dans mon appartement une voix lanientahle Interrompt tout à coup la douleur qui m'accable. Le bruit plaintif approche et me glacé d'effroi. La porte s'ouvre : un spectre a paru devant moi. Des flots de sang couloient de ses larges blessures; Ses sanglots redoublés formoicnt de longs niui-mures. » Malheureuse, a-t-il dit, que devient ta vertu? " Didon, je t'adorois; pourquoi me trahis-tu? » A ces terribles mots j'ai reconnu Sichée. Son ombre tout en pleurs sur mon lit s'est penchée. Je me lève : un feu pâle-a brillé dans la nuit; J'entends un cri lugubre, et le sjiectre s'enfuit. Je le suis à grands pas sous ces obscures voûtes Où mènent du palais les plus secrètes routes ; J'arrive en frémissant dans ces lieux révérés Qu'à cet époux trahi mon zèle a consacrés , Où j'ai promis cent fois qu'une flamme éternelle,.. Hélas! à mes serments j'étois alors fidèle... D'un culte interrompu j'assemble les débi'is,

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