ACTE 1, SCENE 11. ii
De vos vastes états souveraine maîtresse , Eu impuissants efforts, en murmures jaloux, Laissez de votre frère éclater le courroux. Qu'il redoute lui-même une sœur outragée. Qui n'a qu'à dire un mot et qui sera vengée. Au nom d'iarbe seul vos ennemis tremblants Respecteront vos murs encore chancelants. Lui seul peut désormais assurer votre empire.^ Terminez, grande reine, un hymen qu'il désire , Et que toute l'Afrique, instruite de son choix. Adore vos attraits et chérisse vos lois.
DIDON
Lorsque, du sort barbare innocente victime.
J'ai fui loin de l'Asie un frère qui m'opprime,
Je ne m'attendois pas qu'un fils du roi des dieux
Voulût m'associer à son rang glorieux.
Je dis plus; j'avouei'ai que cette préférence
Exigeoit de mon cœur plus de reconnoissance :
Mais, tel est aujourd'hui l'effet de mon malheur,
Didon ne peut répondre à cet excès d'honneur.
Qu'importe à votre roi Ihymen d'une étrangère?
Faut-il que mes refus excitent sa colère?
Sauver mes jours proscrits, rendre heureux mes sujets ,
Avec les rois voisins entretenir la paix.
C'est tout ce que j'espère, ou que j'ose prétendre.
Un jour mes successeurs pourront plus entreprendre;
C'en est assez pour moi : mais je ne régne pas
Pour donner lâchement un maître à mes états.
Vos états?... Mais, enfin, puisqu'il faut vous le dire,
la DIDON.
Madame , dans quels lieux foiide/.-vous un eiiipirc? Ce roi cpii vous reclicirlie, et que vous dédaiyue/., Vous ileiuaude aujourd'hui de quel droit vous régnez. Ce rivage et ce port, compris dans la Libye , Ont obéi long-temps aux rois de Gétulie. Les Tyriens et vous n'ont pu les occuper. Sans les tenir d'Iarbe , ou sans les usurper.
DI DON
Ce discours téméraire a de quoi me surprendre :
Vous abuscï du rang qui me force à l'enteudre.
Ministre audacieux, sachez que votre roi.
Sans doute est mou ('gai , mais ne peut rien sur moi.
Par d'étranges hauteur.s ce monanjue s'explique!
Prétend-il disposer des trônes de l'Afrique?
Eh ! quel droit plus qu'un autre a-t-il de conimaudei ?
Les empires sont dus à qui sait les fonder.
Cependant, quelle haine t)u quelle méfiance
Arnieroit contre moi votre injuste vengeance?
De quoi vous plaignez-vous, et quel crime ont commis
D'infortunés soldats à mes ordres soumis?
Ont-ils troublé la paix de vos climats stériles?
Ont-ils brûlé vos champs et menacé vos villes?
Que dis-je? ce rivage où les vents et les eaux ,
D'accord avec les dieux, ont poussé mes vaisseaux ;
Ces bords inhabités, ces campagnes désertes
Que sans nous la moisson ii'auroit jamais couvertes;
Des sables, des torrents , et des monts escarpés,
Voilà donc ces pays , ces états usurpés?. ..
Mais devrois-je, à vos yeux, rabai.^sant ma conromie,
Justifier le rang <|ue le destin me donne'!*