‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 125 sur 329 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

DORANTE

Non, monsieur. Pouquoi me le demandezvous ?

M. REMI

C'est qu'en venant ici j'ai rêvé à une chose. . . Elle est jolie au moins !

DORANTE

Je le crois.

Et de fort bonne famille : c'est moi qui ai succédé à son père ; il étoit fort ami du vôtre ; homme un peu dérangé, sa fille est restée sans bien. La dame d'ici a voulu l'avoir; elle l'aime, la traite bien moins en suivante qu'en amie, lui fait beaucoup de bien, lui en fera encore, et a offert même de la marier. Marthon a d'ailleurs une vieille parente asthmatique dont elle hérite , et qui est à son aise. Vous allez être tous deux dans la même maison; je suis d'avis que vous l'épousiez : qu'en dites-vous ?

DORANTE sourit , « part.

Eh ! . . . mais je ne pensois pas à elle.

M. REMI

Eh bien ! je vous avertis d'y penser ; tâchez de lui plaire. Vous n'avez rien , mon neveu ; je dis rien qu'un peu d'espérance. Vous êtes mon héritier ; mais je me porte bien , et je ferai durer cela

îyo LES FAUSSES CONFIDENCES.

le plus long-temps cpe je pourrai, sans compter ■que je puis me marier. Je n'en ai point d'envie; mais cette envie-là vient tout d'un coup : il y a tant de minois qui vous la donnent ! Avec une femme on a des enfants, c'est la coutume ; auquel cas serviteur au collatéral. Ainsi, mon neveu , prenez toutes vos petites précautions , et vous mettez en état de vous passer de mon bien , que je vous destine aujourd'hui, et que je vous ôterai demain peut-être.

DORANTE

\ous avez raison, monsieur, et c'est aussi à quoi je vais travailler.

Je vous y exhorte. Voici mademoiselle Marthon : éloignez-vous de deux pas , pour me donner le temps de lui demander comment elle vous trouve. (Dorante s'écarte un peu.)

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