‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 154 sur 329 · ACTE II, SCENE II. 23i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 23i

savoir la réponse, et vous mener tout de suite chez elle. Cela est-il net? Y a-t-il à se consulter là-dessus ?Dan3 deux heures, il faut être au logis. Ai-je tort, madame?

ARAMiNTE, froidement.

C'est à lui de répondre.

Eh bien? A quoi pense-t-il donc? Viendrezvous ?

DORA^JTE.

Non, monsieur; je ne suis pas dans cette disposition-là.

M. REMI

Hum ! Quoi ? entendez-vous ce que je vous dis , qu'elle a quinze mille livres de rente? entendezvous?

nORA>TE.

Oui , monsieur ; mais en eût-elle vingt fois davantage, je ne l'e'pouserois pas; nous ne serions heureux ni l'un ni l'autre : j'ai le cœur pris ; j'aime ailleurs.

M. REMI, d'un ton railleur, et traînant ses mots.

J'ai le cœur pris! Voilà qui est fâcheux. Ah, ah! le cœur est admirable! Je n'aurois jamais deviné la beauté des scrupules de ce cœur-là , qui veut qu'on reste intendant de la maison d'autrui,

pendant qu'on peut l'être de la sienne. Est-ce là votre dernier mot , ber<i;er fidèle ?

DORANTE

Je ne saurois changer de sentiment , monsieur.

Oh! le sot cœur! Mon neveu, vous êtes un imbe'cile, un insensé'; et je tiens celle que vous aimez pour une guenon , si elle n'est pas de mon sentiment. N'est-il pas vrai, madame, et ne le trouvez-vous pas extravagant?

A R A M I X T E , doucem en t.

Ne le querellez point. Il paroit avoir tort, j'en conviens.

M. REMI, vivetnent.

Comment! madame^ il pourroit...

Dans sa façon de penser, je l'excuse. Voyez pourtant. Dorante; tâchez de vaincre votre penchant, si vous le pouvez: je sais bien que cela est difficile.

DORANTE

Il n'y a pas de moyen, madame; mon amour m'est plus cher que ma vie.

M, R E M I , d'un air éton né.

Ceux qui aiment les beaux sentiments doivent être contents; en voilà un des plus curieux qui

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