ACTE I, SCENE VII. 3i
LE CHEVALIER
En vëritf', je crois que vous avez raison.
LV MARQUISE
Nous sommes voisins.
LE CHEVALIER
Nous demeurons comme dans la même maison , puisque le- même jardin nous est commun.
Nous sommes affligés , nous pensons de même.
LE CHEVALIER
L'amitié nous sera d'un grand secours.
LA MARQUISE
Nous n'avons que cette ressource-là dans les afflictions , vous en conviendrez. Aimez-vous la lecture ?
LE CHEVALIER
Beaucoup.
LA MARQUISE
Cela vient encore fort bien : j'ai pris , depuis quinze jours , un homme à qui j'ai donné le soin de ma. bibliothèque. Je n'ai pas la vanité de devenir savante ; mais je suis bien aise de m'occuper. Il n^e lit tous les jours quelque chose : nos lectures sont sérieuses , raisonnables ; il y met un ordre qui m'instruit en m' amusant. Voulezvous être de la partie ?
LE CHEVALIER
Voilà qui est fini , madame, vous me déterminez: c'est un bonheur pour moi que de vous avoir vue,jeme sens déjà plus tranquille. Allons, je ne partirai point. J'ai des livres aussi en assez grande quantité ; celui qui a soin des vôtres les mettra tous ensemble , et je vais appeler mon valet pour changer les ordres que je lui ai donnés. Que je vous ai d'obligation ! peut-être que vous me sauvez la raison : mon désespoir se calme ; vous avez dans l'esprit une douceur qui m'étoit nécessaire et qui me gagne. Vx)us avez renoncé à l'amour, et moi aussi ; et votre amitié me tiendra lieu de tout , si vous êtes sensible à la ., mienne.
LA MARQUISE
Sérieusement, je m'y crois presque obligée, pour vous dédommager de celle du marquis. Allez, chevalier , faites vite vos affaires ; je vais , de mon côté, donner quelque ordre aussi : nous nous reverrons tantôt. (<t! part.) En vérité , ce garçon-là a un fonds de probité qui me charme.