ACTE I, SCÈNE VII -.y
" que l'estime que vous aurez pour lui excuse « la tendresse dont vous m'honorâtes. »
(Après avoir lu, et rendant la lettre. ) Allez, chevalier, avec cette façon de sentirià , vous n'êtes point à plaindre. Quelle lettre ! Autrefois le marquis m'en écrivit une à peu près de même, je croyois qu'il n'y avoit que lui au monde qui en fût capable; vous étiez son ami, et je ne m'en étonne pas.
LE CHEVALIEB.
Vous savez combien son amitié m'étoit chère,
LA MARQUISE
Il ne la donnoit qu'à ceux qui la raéritoient.
LE CHEVALIER
Que cette amitié-là me seroit d'un grand se= cours, s'il vivoit encore !
LA MARQUISE , p/euranf.
Sur ce pied-là , nous l'avons donc perdu tous deux.
LE CHEVALIER
Je crois que je ne lui survivrai pas longtemps.
LA MARQUISE
Non , chevalier ; vivez pour me donner la satisfaction de voir son ami le regretter avec moi ;
3o LA SURPRISE DE L'AMOUR.
à la place de son amitié, je vous donne la mienne.
LE CHEVALIER
Je vous la demande de tout mon cœur ; elle sera ma ressource : je prendrai la liberté de vous écrire ; vous voudrez bien me répondre , et c'est une espérance consolante que j'emporte en partant,
En vérité, chevalier, je souhaiterois que vous restassiez ; il n'y a qu'avec vous que ma douleur se verroit libre.
LE CHEVALIER
Si je restois, je romprois avec tout le monde, et ne voudrois voir que vous.
LA MARQUISE
Mais effectivement , faites-vous bien de partir? Consultez-vous, il me semble qu'il vous sera plus doux d'être moins éloigné d'x\ngélique.
LE CHEVALIER
Il est vrai que je pourroisvous en parler quelquefois.
LA MARQUISE
Oui : je vous plaindrois du moins , et vous me plaindriez aussi ; cela rend la douleur plus supportable.