‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 21 sur 329 · ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X

venons à ce qui nous amène, monsieur le comte et moi. J'étois sous le berceau pendant votre xîonver^ation avec madame la marquise, et j'en ai entendu une partie sans le vouloir. Votre voyage est rompu, ma maîtresse vous a conseille' de rester; vous êtes tous deux dans la tristesse , et la conformité de vos sentiments fera que vous vous verrez souvent. Je suis attachée à ma maîtresse plus que je ne sauroisvous le dire, et je suis desole'e de voir qu'elle ne veut pas se consoler, qu'elle soupire et pleure toujours ; à la fin elle n'y résistera pas : n'entretenez point sa douleur, tâchez même de la tirer de sa mélancolie. Voilà monsieur le comte cpai l'aime : vous le ' connoissez, il est de vas amis; madame la marquise n'a point de re'pugnance à le voir. Ce seroit un mariage qui conviendroit ; je tâche de le faire réussir. Aidez-nous de votre côté , monsieur le chevalier ; rendez ce service à votre ami ; servez ma maîtresse elle-même.

LE CHEV.ALIER.

Mais , Lisette , ne me dites-vous pas que madame la marquise voit le comte sans répugnance?

LE COMTE

Mais, sans répugnance . cela veut dire qu'elle me souffre; voilà tout.

LISE TTE

Et qu'elle reçoit vos visites,

LE CUEVALIER.

Fort bien. Mais s'aperçoit-elle que vous l'aiinez?

LE COMTE

Je crois que oui.

LISETTE

De temps en temps , de mon coté , je glisse de petits mots, afin qu'elle y prenne garde.

LE CÏ1EVA.LIEU

Mais, ^Tairaent, ces petits mots-là doivent faire un grand effet, et vou sêtes entre de bonnes mains, monsieur ïe comte. Et que vous dit la marquise? vous répond-elle d'une façon qui promette quelque chose ï ■

— LE C OSITE.

Jusqu'ici elle me traite avec beaucoup de douceur.

LE CHEVALIER

Avec douceur, sérieusement?

LE COMTE

Il me le paroît.

LE CHEVALIER, hrusquemeiit.

Mais, sur ce pied-là, vous n'avez donc pas besoin de moi?

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