ACTE II, SCÈNE I. ^Si
M. ORGOK.
Ne t'en embarrasse pas , Lisette , va ton chemin.
Je vous le répète encore, le cœur de Dorante va bien vite : tenez , actuellement je lui plais beaucoup, ce soir il m'aimera, il ra'âdoiera demain ; je ne le mérite pas , il est de mauvais goût, vous en direz ce qu'il vous plaira; mais cela ne laissera pas que d'être, voyez-vous; demain je me garantis adorée.
TVI. ORGO>.
Eh bien! que vous importe? S'il vous aime tant, qu'il vous épouse.
LISETTE
Quoi ! vous ne l'en empêcheriez pas ?
M. ORGON
Non, d'homme d'honneur , si tu le mènes jusque-là.
LISETTE
Monsieur, prenez-y garde : jusqu'ici je n'ai pas aidé à mes appas, je les ai laissés taire tout seuls, j'ai ménagé sa tète; si je m'en mêle, je la renverse, il n'y aura plus de remède.
M. ORGO>-.
Renverse, ravage, brûle, enfin épouse; je te le permets, situ le peux.
352 LE JEU DE L'A3!0Ull ET DU HASARD.
LISETTE
Sur ce pied-là , je compte ma fortune faite.
M. ORGON
Mais, dis-moi, ma fille t'a- 1- elle parle? Que pense-t-eile de son prétendu ?
Nous n'avons encore guère trouvé le moment de nous parler, car ce prétendu m'obsède ; mais, à vue de pays, je ne la crois pas contente : je la trouve triste, rêveuse, et je m'attends bien qu'elle me priera de le rebuter.
M. ORGOK.
Et moi , je te le défends : j'évite de m'expliquer avec elle , j'ai mes raisons pour faire durer ce déguisement. Je veux qu'elle examine son futur plus à loisir. Mais le valet, comment se gouvernet-il ? Ne se méle-t-il pas d'aimer ma fille?
LISETTE
C'est un original: j'ai remarqué qu'il fait l'homme de conséquence avec elle , parcequ'il est bien fait. Il la regarde et soupire.
M. ORGON
Et cela la fâche?
LISETTE
Mais... elle rougit.