‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 279 sur 329 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LUClDOR;FRONTm, en bottes et en habit de maître.

Entrons dans cette salle. Tu ne fais donc que d'arriver?

FRONT IN

Je viens de mettre pied à teiTc à la première hôtellerie du village; j'ai demandé le chemin du château, suivant l'ordre de votre lettre, et me voilà dans l'équipage que vous m'avez prescrit. De ma figure, qu'en dites-vous?( il se retourne.) Y reconnoissez-vous votre valet de chambre, et n'ai-je pas l'air un peu trop seigneur?

LUCIDOR.

Tu es comme il faut. A qui t'es - tu adressé en entrant ?

FRONTIN

Je n'ai rencontré qu'un petit garçon dans la

cour, et vous avez paru. A présent , que voulezvous faire de moi et de ma bonne mine ?

LVCIDOR.

Te proposer pour époux à une très aimable fille.

FRONTIN

Tout de bon? Ma foi, monsieur, je soutiens que vous êtes encore plus aimable qu'elle.

LUCIDOB.

Eh non! tu te trompes; c'est moi que la chose regarde.

FRONT IN

En ce cas-là, je ne soutiens plus rien.

LU Cl «OR.

Tu sais que je suis venu ici il y a près de deux mois pour y voir la terre que mon homme d'affaires m'a achetée; j'ai trouvé dans le château une madame Argante, qui en étoit comme la concierge, et qui est une petite bourgeoise de ce pays-ci. Cette bonne dame a une fille qui m'a charmé , et c'est pour elle que je veux te proposer.

FRONTix, riatit.

Pour cette fille que vous aimez? La confidence est gaillarde î nous serons donc trois? Vous traitez cette affaire-ci comme une partie de piquet.

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