SCÈNE I
LCCIDOR.
Écoute- moi donc ; j'ai dessein de l'épouser moi-même.
FRONTIK.
Je vous entends bien, quaiîd je l'aurai épousée.
LUCIDOR.
Me laisseras-tu dire? Je te présenterai sur le pied d'un homme riche et mon ami, afin de voir si elle m'aimera assez pour le refuser. F R o s T I N .
Ah 1 c'est une autre histoire ; et cela étant, il y a une chose qui rn'in quiète.
LUCIDOR.
Quoi?
FRO^TIN
C'est qu'en venant , j'ai rencontré près de l'hôtellerie une fille qui ne m'a pas aperçu , je pense, qui causoit sur le pas d une porte, mais qui m'a bien semblé la mine d'être une certaine Lisette que j'ai connue à Paris il y a quatre ou cinq ans, et qui étoit à une dame chez qui mon maître alloit souvent. Je n'ai vu cette Lisette-là que deux ou trois fois; mais , comme elle étoit jolie, je lui en ai conté tout autant de ftjis que je l'ai vue, et cela vous grave dans l'esprit d'une fille.
43o L'ÉPREUVE.
Mais \Taiment, il y en a une chez madame Argante de ce nom-là, qui est du village, qui y a toute sa famille , et qui a passé en effet quelque temps à Paris avec une dame du pays.
FHONT !>'.
Ma foi , monsieur, ïa friponne me reconnoîtra ; il y a de certaines tournures d'hommes qu'on n'oublie point.
LtJCinOR.
Tout le remède que j'y sache , c'est de payer d'effronterie , et de lui persuader qu'elle se trompe.
FRONT IN
Ot! pour de l'effronterie, je suis en fonds.
LUCIDOR.
N'y a-t-il pas des hommes qui se ressemblent tant qu'on s'y méprend?
FRONTIN
Allons , je ressemblerai ; voilà tout : mais, dites-moi, monsieur, souffririez- vous un petit mot de représentation ?
LUCinOR.
Parle.
FRONTIN
Quoiqu'à la fleur de votre âge, vous êtes tout-