‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 34 sur 329 · HORTENSIUS, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

HORTENSIUS, LA MARQUISE

LA MARQUISE , nonchalamment.

Eh bien! monsieur, vous n'aimez donc pas les livres du chevalier ?

HORTENSIUS

Non, madame: le choix ne m'en paroît pai docte ; dans dix tomes , pas la moindre citation de nos auteurs (jrecs ou latins, lesquels, quand on compose , doivent fournir tout le suc d'un ouvrage.

LA MARQUISE

Changeons de discours ; que me lirez-vous aujourd'hui?

HORTEXSI us.

Je m'e'tois propose' de vous lire un peu du Traite' de la Patience, chapitre premier, du Veuvage.

LA MARQUISE

Oh ! prenez autre chose ; rien ne me donne moins de patience que les traités qui en parlent.

HORTENSIUS

Ce que vous me dites est probable.

J'aime assez l'éloge de l'amitié; nous en lirons quelque chose.

HORTESSIUS.

Je vous supplierai de m'en dispenser , madame ; ce ii'e?t pas la peine pour le peu de temps que nous avons à rester ensemble, puisque vous vous mariez avec monsieur le comte.

LA MARQUISE

Moi?

HORTEXSIUS.

Oui , madame : au moyen duquel mariage je deviens à présent un serviteur superflu. Je combattois vos passions, vous vous accommodez avec elles ; et je me retire avant qu'on me réforme.

LA MARQUISE

Vous tenez là de jolis discours , avec vos passions : il est vrai que vous êtes assez propre à leur faire peur, mais je n'ai que faire de vous pour les combattre. Des passions avec

Page 1