‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de MarivauxChapitre 40 sur 329 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

des amants qui espèrent , et je ne sais rien de tout cela ! Qu'une femme est à plaindre dans la situation oùjesuls ! quelle perte j'ai faite ! et comment me traite -t- oh I

L u B I N , a part.

Voilà notre ménage renverse.

LA M A R o u I s E , « Lisette.

Allez, je vous croyois plus de zèle et plus de respect pour votre maîtresse.

LISETTE

Fort bien, madame ; vous parlez de zèle , et je suis payée du mien. Voilà ce que c'est que de s'attaciier à ses maîtres; la reconnoissance n'est point faite poUr eux : si vous re'ussissez à les. servir, ils en profitent , et quand vous ne réussissez pas , ils vous traitent comme des misérables.

Lr BIN.

Comme des imbéciles.

HORTE>'Sius, a Lisette.

Il est vrai qu'il vaudroit mieux que cela ne fût point advenu.

LA MAKQUISE.

Eh! monsieur, mon veuvage est éternel. En vérité, il n'y a point de femme au monde plus éloignée du mariage que moi, et j'ai perdu le seul homme qui pouvoit me plaire; mais, malgré tout cela, il y a de certaines aventures désa-

grëables pour une femme. Le chevalier m'a refusée, par exemple: mon amour-propre ne lui en veut aucun mal ,il n'y a là-dedans, comme je vous l'ai di'ja dit, que le ton, que la manière que je condamne; car, quand il rn'aimeroit, cela lui seroit inutile. Mais enfin il m'a refusée, cela est constant ; il peut se vanter de cela , il le fera peutêtre. Qu'en arrive-t-il? Cela jette x\n air de rebut sur une femme, les égards et l'attention qu'on a pour elle en diminuent, cela glace tous les esprits pour elle. Je ne parie point des cœurs, car je n'en ai que faire, mais on a besoin de considération dans la vie : elle dépend de l'opinion qu'on prend de vous ; c'est l'opinion qui nous donne tout, qui nous ôte tout ; au point qu'après ce qui m'arrive, si je voulois me remarier, je le suppose, à peine m'estimeroit-on quelcjue chose ; il ne seroit plus flatteur de m'aimer; le comte, s'il savoit ce qui s'est passé, oui, le comte, je suis persuadée ([u'il ne voudroit plus de moi.

LUBiN, derrière.

Je ne serois pas si dégoûté.

LISETTE

Et moi , madame , je dis que le chevalier est un hypocrite ; car, si son refus est si sérieux,pour(pioi n'a-t-il pas voulu servir moi^itmr le comte comme

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