SCENE III i3i
t-il? Qu'en me voyant votre camarade, vous me rendrez votre mari, par la douce habitude de me voir. Eh donc ! Parlez, êtes-vous d'accord ?
LISETTE
Non.
LÉPINE
Mademoiselle , est-ce mon amour qui vous déplaît ?
LISETTE
Oui.
LÉPi:s E.
En peu de mots vous dites beaucoup; mais considérez l'occurrence. Je vous prédis que nos maîtres se marieront ; que la commodité vous tente.
LISETTE
Je vous prédis qu'ils ne se marieront point. Je ne veux pas moi. Ma maîtresse, comme vous dites fort habilement, tient l'amour au-dessous d'elle; et j'aurai soin de l'entretenir dans cette humeur, attendu qu'il n'est pas de mon petit intérêt qu'elle se marie. Ma condition n'en seroit pas si bonne, entendez-vous ? 11 n'y a pas d'apparence que la comtesse y gagne , et moi j y perdrois beaucoup. J'ai fait un petit calcul là-dessus, au moyen duquel je trouve que tous vos arrangements me dérangent, et ne me valent rien.
i32 LE LEGS.
Ainsi, croyez- moi, quelque jolie ^ue je sois, continuez de n'en rien voir; laissez là la découverte que vous avez faite de mes grâces , et passez- toujours sans y prendre garde.
L É P I N E , froidement.
Je les ai vues , mademoiselle^ j'en suis frappe, et n'ai de remède que votre cœur.
LISETTE
Tenez-vous donc pour incurable.
LÉPINE
, Me donnez-vous votre dernier mot ?
LISETTE
Je n'y changerai pas une syllabe.
( Elle veut s'en aller. )
L É P 1 >• E , l'arretan t.
Permettez que je reparte. Vous calculez; moi
de même. Selon vous, il ne faut pas que nos gens
se marient; il faut qu'ils s'épousent, selon moi ;
je le prétends.
LISETTE
Mauvaise gasconnade.
LÉPI>'E.
Patience. Je vous aime, et vous me refusez le réciproque. Je calcule qu'il me fait besoin, et je l'aurai, sandis !
LISETTE
Vous ne l'aurez pas , sandis!