ACTE 11, SCÈNE 11. ao
FRONTIX.
Il ne I est pas si mal.
MARINE
Je vois que tu veux rire.
Monsieur, attendez-vous à tout l'empressement Que mes pareilles ont pour ser\ ir un amant.
En ce cas, pour parler à l'aimable Dorise, Ton secours me suffit, sans que je me déguise. Je n'avois eu recours à ce hardi moven Que pour me procurer une heure d'entretien , Qu'avec tant de ri jueur tu m'avois refusée ; Mais puisqu'en ma faveur je te vois dis})0sée. Je quitte cet habit et reviens à l'instanr.
MARINE
Mais... quitter cet habit... Attendez un moment. . Cette ruse est toujours très bonne pour le père; C'est lui qu'il faut gagner... Oui... plus je considère... A merveille... Tantôt j'ai cependant pesté Contre tous les vieillards ; mais sa crédulité , Mon ridresse sur-tout, nous tirera d'affaire.
lÉa N DR E.
Quelle reconnoissance !
FRON TIN.
Ah ! quant à son salaire, Je vous acquitterai ; quelle aille son chemin.
MARIXE.
Je veux vous présenter comme un vieux médecin.
Mais, Marine, j'ignore à fond la médecine.
MARINE
Qu'importe? on dit des mots, et l'auditeur devine. Croyez l'être vous-même, et chacun le croira. J'en sais cent qui, pour l'être, ont au plus cet art-là. Parmi tous les époux promis à ma maitresse, Nous n'en avons point eu , je crois , de cette espèce; Nouveauté, premier piège. Un second , et le bon , C'est que depuis un temps notre monsieur Orgon De sa santé se fait une étude profonde, Et pour cela cet art nous vient le mieux du monde. Je veux faire de vous un habile homme. Enfin Ma fable est toute prête, et nous verrons la fin. Pour Dorise , parlez en amant de votre âge, Et forcez la nature à percer le nuage. Comriie on ne sait encor ce qu'elle aime, parlez , Pressez, que vos regards, vos soupirs redoublés , Vos discours, eu un mot, aillent chercher son ame, y porter l'embarras, et bientôt votre flamme... Toi qu'on peut avoir vu , sors vite, allons, dehoi"s. Tu ne nous sers à rien.
FROiNTIN.
Elle a le diable au corf>s.
MARINE
J'entends le père, il faut qu'ici je le prévienne. Cachez-vous ici près jusqu'à ce que je vienne Vous dire le moment propice à vous montrer; Je ne serai pas longue à le bien préparer. Moi je conduis la barque, et vogue la galère.