SCÈNE III
OIIGON , MAKINF.
ORGON
Maljjré les sentiments qui m'attachent au père. J'ai très bien fait d'avoir remercié le fils; .l'ji parlé comme il faut, et je m'en applaudis. Il est aile chercher au coche sa valise ; Il pourroit l'y laisser: il pense que Dorise Sur son compte sera d'un autre avis que moi. Je veux m'en divertir. Que fais-tu donc là, toi?
MARINE
Je rêve...
ORGON
A me jouer quelque tour.
Quelle injure!
Moi qui vous aime.
OP. GOX.
F.h bien! ma dernière aventure, Qu'en dis-tu? Tu croyois que , suivant tes avis. Le père me manquant, j'accepterois le fils. Non, non : à mon projet je tiendrai, quoi qu'on dise. Et ce beau jouvenceau n'est point fait pour Dorise. Je m'embarrasse peu de ton opinion:
Car il est honoré de ta protection; Les fils auprès de toi valent mieux que les pères : Tantôt tu m'a> si bien établi tes chimères
2o6 LA DOUBLE EXTRAVAGANCE.
Devant ma fille même : heureusement pour moi, Que sa docilité la retient sous ma loi : Tu veux me la gâter...
MARINE
Qui , moi? Je le confesse, Je penchois ce matin un peu pour la jeunesse : Mais j'ai changé, ma foi , monsieur, du noir au blanc, Et je lui veiTois prendre un vieillard à présent, Sans vous en dire un mot; et tenez , au contraire , Un médecin fameux, presque sexagénaire, Cet illustre étranger que l'on vante si fort...
oncox.
Ce médecin anglais?
MARINE
Oui.
ORGON
Monsieur de Clinfort?
Cet homme d'un si rare et si parfait mérite , Que je cherche par-tout.
MARINE
J'ai reçu sa visite.
De ma jeune maîtresse amoureux à l'excès, Auprès d'elle il vouloit obtenir un accès, Et je l'aurois servi du meilleur de mon ame. Si je n'avois de vous craint quelque nouveau blâme.
ORGON
Cet homme-là , Marine , est unique en son art : Tempérament, humeurs, il voit tout d'un regard.
MARINE
C'est un aigle en science, et cependant modeste.