SCÈNE VIL
IJORTSE, LÉ AND RE fils, MARINE.
On VOUS offre, Dorise, une triste conquête.
Et je sais que, foiinant d'inutiles désirs,
Un vieillard tel que moi doit perdre ses soupirs ;
Je sens que mon projet est hardi , téméraire ;
Qu'il falloit, vous aimant , savoir du moins me taire :
A quel âge 1 amour connoit-il la raison !
Je n'ai pu dissiper des feux hors de saison.
DORISE
^Liriue, à ce discours je ne sais que lui dire; Il m'emharrasse.
MARINE
Et moi , madame , il me fait rire.
léandk F.
Je vous aime, Dorise, et de la vive ardeur Qui se fait ressentir dans le plus jeune cœur : Oui, j'en nourris pour vous tout le feu dans mon ame Ce que l'âge pourroit enlcNer à ma flamme De désirs , de transports , et de vivacité , M'est rendu par vos yeux et par votre beauté; Et dans ma passion, tant je la sens extrême, Je crois qu'on n'aime point autant que je vous aime.
DORISE, à Marine.
Qucile douceur! quel choix dans ses expres.sions !... Sa voix même, ^Ljrine. a d'agréables sons...
ACTK I!. SCENF VII. n-
Mais... rejjarde ses yeui...
MARINE
Vraiment, il lorpiie encore; Tenez, tenez, tle Jeux sa face se colore; Il se ragaillardit. Bon homme, trouvez-vous <^ue l'amour en effet soit un plaisir si doux?
I>OR ISF..
>fariue...
Ah! c'est ce dieu qui me soutient, m'inspire; De ses charmants effets je sens jusqu'au délire : Non, il n'a point de traits qu'il ne lance en ce cœur. Dont je vous offre ici l'hommage peu Batteur. Kt pourquoi dans îe vôtre hesite-t-il encore De porter la moitié du feu qui me dévore? Qu'il s'unisse avec moi dans un si doux effort? Vous manquez a sa {jloire, il manque à votre sort. Sans le fard de l'amour, par qui tout s'apprécie, I>es grâces sont sans force, et la beauté sans vie. Dai^rnez donc ju^cpi'à nous, laissant aller ses traits, Leur laisser embellir encore vos attraits. Vous ne répondez point; c'en est donc fait, Dorise 1 Je vous suis odieux, parlez avec franchise. Reprochez-moi d'aimer malgré le poids des ans; Faites tomber sur moi les mépris offensants, •le les ai mérites...
DORISE
Mais est-on méprisable Pour vanter son ardeur quand elle est véritable? Vous ne connoissez pas ma façon de penser,
2i8 LA DOUBLE EXTRAVAGANCE.
Vous auriez moins sujet de vous embarrasser. La jeunesse est, dit-on, quelquefois imjjrudente. Orgueilleuse, légère, étourdie, inconstante.
MARINE, bas.
Le beau petit portrait qu'on lui fait à son nez.