‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Saintfoix, Gresset, et BretChapitre 129 sur 144 · ACTE m, SCÈNE ÎV. a3i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE ÎV. a3i

DO RI SE

Monsieur, j'ai pour mon père un respect saas éjjal ;

Il fuit les jeunes {^ens, il en parle si mal ,

Que je crains quelquefois qu'il ne leur fit justice;

Je ne saurois taxer mon père de caprice:

Cependant à mes veux, s'il peut m'étre peimis

De dire là-dessus librement mon avis,

La jeunesse jamais ne parut effrayante.

MARINE

Effrayante! au contraire, elle ravit, enchante. Voyez cet air facile, avantageux, léger, Qu'on ne voit par malheur qu'avec trop de danger. Vivent les jeunes gens ! tout est feu, tout est grâce: Ils ont quelques défauts : ma foi, je les leur passe. Vous m'avez l'air d'avoir celui de trop aimer.

J'y suis incorrigible : a-t-ou su me cliarmer.

Je ne suis plus à moi, c'est une inquiétude,

Un trouble, une langueur : c'est un état fort rude.

MARINE

Pauvre enfant !

LÉANDR E.

Croyez-vous que vous m'aimiez un peu?

Ma tendresse de vous exige cet aveu.

MARINE

Qu'allez-vous demander? Une fille bien née Ne peut permettre au plus que d'être devinée. Je ne sais j»as au Maus ce qu on fait sur ce point , Mais les raotî à Paris ne se permettent point : Ah ! peste, ou est exact ici sur la morale.

i>3i LA DOUBLE EXTRAVAGANCE.

Vous pouvez deviner, la chose est presque égale : Quel coup de sympathie entre vos jeunes cœurs ! Tout vous unit, esprit, sens, jugement, humeurs; Elle est faite pour vous autant que vous pour elle.

DDR ISE.

Marine, pour monsieur vous montrez bien du zélé.

léandre.

t'est pour votre intérêt qu'elle vous parle ainsi.

MARINE

J'aime monsieur, sans doute, et je parle pour lui: c'est que je vois qu'il a tout ce qu'il faut pour plaire.

Ah! Marine...

MARIN E

Mais oui, je ne saurois m'en taire.

léaxdre.

Trop heureux, si Dorise écoutant tes avis...

DORISE

M'en a-t-elle donué que je u'aye suivis? Elle sait me forcer à ce qu'elle désire.

LÉANDRE

Eh ! le voilà ce mot si difficile à dire;

Vous m'aimez, et je puis prétendre à votre main.

DORISE

J'entends quelquun, Marine...

LÉANDRE

Eh non! Est-ce à demain?

Tenterons-nous d'abord de ramener le père?

DORISE

Que votre amour, monsieur, quelques jours se modère;

AGTK 111, SCÈNE I\. j33

>ie précipitons rien, Marine vous verra, tt de ce qu'il tant faire avec vous conviendra.

M ARI.\ E

Oui, monsieur, vous voyez si je vous suis contraire. Mais si l'on découvroit un peu trop tôt l'affaire... Je sais Lien un moyen de parer ce soupçon.

léa.ndre. Quel est-il ?

MA RIN E

l>e rester très peu clans la maison.

Lt A .N D KE.

J'y consens... Vous sortez?

DORISE

Eicttàez-moi , de grâce ; Je crains d'être surprise, et je quitte la place. Marine, suivez-moi...

Je ne puis qu'obéir.

Mais croyez que par-tout je songe à vous servir.

{bas.) Le sot homme !

SCÈINE V.

LÉ ANDRE PÈRE

Fort bien! Ce qu'on vient de me dire Semble me garantir le bonheur où j'aspire. La petite friponne a pris du goût pour moi. Aussi j'ai fait merveille ; et maintenant je voi

Comment nos étourdis ont si bien l'art de plaire :

Il ne faut qu'être fat, et j'en fais mon affaire;

Mon premier coup d'essai n'est pas trop malheureux.

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